Dans un récent podcast, l’économiste Jacques Attali livre une vision tranchée sur l’avenir de l’industrie automobile française et européenne.▶ L’urgence du tout-électrique : pour Attali, punir l’achat de véhicules thermiques est légitime, car les carburants fossiles sont responsables du dérèglement climatique. La France, grâce à son énergie nucléaire décarbonée, a selon lui une obligation particulière d’accélérer la transition électrique.
▶ Le danger chinois : faute d’avoir anticipé ce virage il y a quinze ans, l’Europe s’apprête à subir un afflux massif de véhicules électriques chinois qu’elle n’a pas su produire elle-même. Pire : les constructeurs nationaux européens pourraient être progressivement racheté par des capitaux chinois, qui produiront alors en Europe sans que cela se voie dans les statistiques de « contenu local ».
▶ Une consolidation mondiale annoncée : un dirigeant d’un grand constructeur non français lui aurait confié qu’il ne resterait, à terme, que trois pôles automobiles mondiaux : chinois, japonais et américain, la concurrence se jouant désormais sur les composants nationaux imposés par certains marchés (50 à 70% selon les pays), une règle que l’Europe n’a pas encore adoptée.
▶ La voiture de demain sera un robot : Attali anticipe que le véhicule électrique deviendra avant tout autonome, et souligne que la Chine a une avance structurelle énorme sur les réseaux numériques urbains nécessaires à cette autonomie, un terrain sur lequel même Tesla serait désormais dépassé.
▶ Un satisfecit nuancé pour les constructeurs français : il salue Renault Group et Stellantis comme des entreprises « formidables », tout en regrettant le déplacement du centre de gravité de Stellantis vers les États-Unis, et le rapprochement croissant de plusieurs constructeurs avec des partenaires chinois.
Un constat sans détour : le retard structurel pris sur l’électrique pourrait, selon lui, conduire à une disparition pure et simple de l’industrie automobile européenne si rien ne change rapidement.
Jacques Attali oublie l’élément principal, l’UE s’est tiré une balle dans le pied en décidant un basculement radical, sans maîtriser le moindre maillon de la chaîne de valeur. La pensée magique et autoréalisatrice se heurte au mur du réel.

À titre personnel, je partage (malheureusement) l’analyse de Jacques Attali sur l’avenir sombre de l’industrie automobile française.
Les signaux faibles sont déjà là, et un peu de prospective m’amène à imaginer le scénario suivant :
* À l’arrivée massive des véhicules hybrides et électriques chinois sur le marché européen, les ventes Renault Group vont reculer et la rentabilité s’effondrer, poussant le constructeur à des restructurations profondes et des cessions d’actifs. Au point qu’à terme, la participation de Geely ira grandissante jusqu’à la prise de contrôle.
* Stellantis va graduellement se délester de ces activités européennes pour se concentrer sur le marché américain, plus rentable, ainsi que sur les marchés émergents, sources de croissance. Les sites de production européens seront cédés petit à petit aux constructeurs chinois (Dongfend, BYD, Changan & Co).