Pour affronter les crises énergétiques et climatiques, la France aura besoin d’ingénieurs qui maîtrisent les technologies de pointe aussi bien que les solutions d’ingénierie sobres et durables, pointe Laurent Champaney, le directeur général de l’Ensam.
Par Laurent Champaney (directeur général de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers)
La publication des résultats de l’enquête PISA suscite, à juste titre, des inquiétudes quant à la baisse du niveau scientifique des jeunes Français. A une époque où nous devons réinventer notre manière d’habiter la Terre et de nous adapter à un monde en profonde mutation, cette moindre capacité à comprendre les phénomènes qui nous entourent est préoccupante. Mais elle ne doit pas faire oublier un autre enjeu tout aussi essentiel : la capacité de la France à maîtriser une large gamme de technologies recule, voire disparaît dans certains domaines.
Le développement des nouvelles technologies nécessite effectivement des compétences scientifiques fortes. Mais les transformer en solutions aux besoins de la société, en tenant compte de son environnement et de ses contraintes, est un savoir-faire à part entière. Les crises énergétiques et climatiques nous rappellent chaque jour qu’un pays doit maîtriser un nombre croissant de technologies, et qu’il doit aussi être capable de combiner des solutions récentes avec d’autres plus anciennes. La capacité d’un pays à mettre en oeuvre, de manière autonome, une très large variété de technologies deviendra donc de plus en plus stratégique.
Technologies « désuètes »
S’agissant de la formation au développement et à la mise en oeuvre de ces technologies, la France s’appuie principalement sur les départements des instituts universitaires de technologie et sur une myriade de petites écoles d’ingénieurs spécialisées, voire très spécialisées. Or ces structures connaissent une forte perte d’attractivité auprès des jeunes. Les réseaux sociaux valorisent surtout des technologies high-tech, y compris lorsqu’elles présentent un intérêt discutable. Ainsi, de nombreux influenceurs ont récemment encensé une brosse à dents connectée équipée d’une caméra embarquée et d’intelligence artificielle, dont on peut légitimement questionner la pertinence en 2026. Dans ce contexte, comment susciter l’intérêt des jeunes pour des solutions low-tech éprouvées, simples, accessibles, sobres en énergie et en matériaux, mais largement absentes du débat public ?
Les technologies liées au travail du métal, de la pierre, du bois, du papier, des tissus, du cuir ou des végétaux, tout comme celles associées aux composants mécaniques, électrotechniques ou électroniques, peuvent sembler désuètes. Pourtant, les contraintes énergétiques et environnementales les rendront nécessairement incontournables lorsque l’eau et l’énergie viendront à manquer. D’ailleurs, on constate que les rares personnes qui les maîtrisent en vivent bien et sont recherchées pour leur expertise.

