La fonderie et Piwi

MENU
Par : piwi
0
22 Mai, 2026
Catégorie : Au hasard

Le marteau-pilon à l’usine Schneider au Creusot :  Le Figaro du 3 août 1892

Le marteau-pilon à l’usine Schneider au Creusot (Saône-et-Loire, France).
Le marteau-pilon à l’usine Schneider au Creusot (Saône-et-Loire, France). / Bridgeman Images

L’histoire de cette commune française située en Bourgogne-Franche-Comté est intimement liée à celle de l’industrie, comme le montre notre journaliste d’antan Jules Huret

En mettant le pied sur le quai de la gare, une odeur de soufre, qui ne me quittera plus pendant tout mon séjour, me prend à la gorge ; en même temps, arrive à mes oreilles un bruit énorme, sourd, lointain, pesant ; je m’informe : c’est le marteau-pilon de 100.000 kg qui manœuvre jour et nuit. (…)

Autour de nous, tout près, et très loin, comme une armée de géants, la foule des cheminées crache des tourbillons de fumée vers le ciel, où les étoiles clignotent plus faiblement. Nous gravissons une pente assez abrupte, bordée de maisons aux façades sinistres. Tout à coup, à mi-côte, devant une rampe en fer qui commence à la dernière maison, éclate à nos yeux un spectacle terrifiant, formidable, grandiose.

Un gouffre immense est sous nos pieds, borné, au fond, par une rangée de feux sombres ; au centre, dans le trou, un flamboiement extraordinaire illumine les façades vitrées de halls gigantesques, les spectres prodigieux de tourelles de fer, les pignons des hangars, les bras rigides des grues, des amoncellements de métaux ; sur le ciel bleu profond sali de tourbillons de fumée, toutes les choses prennent des développements surhumains ; c’est un chaos inouï de formes inattendues, heurtées, rudes, disproportionnées sur lesquelles se projettent, démesurées, les ombres d’hommes gesticulant follement devant la gueule des fours, enjambant des ruisseaux de feu liquide qui serpentent dans la terre noire ; de temps en temps, des guichets de brasiers s’ouvrent sur des constructions basses d’où s’échappent, par vingtaines, des flammes ardentes, et c’est, par ces portes d’enfer, une dégringolade continue de gros blocs rouges qu’un plancher roulant entraîne sous des jets d’eau.

Au-dessus de ce spectacle dantesque, l’accompagnant dans une harmonie farouche, un indescriptible bruit, fait de vacarmes indistincts, de tapages lointains, plane, gémit, hurle ; mais, dominant tout cela, dominant les rivières de feu, les incendies des fours, les ouragans de fumées, écrasant l’universel et tragique tumulte du gouffre, un prodigieux ronflement s’élève d’un coin de ténèbres, par intervalles réguliers : c’est la respiration de la « Machine soufflante », qui boit au ciel, avec sa grande gueule, l’air nécessaire au fonctionnement du monstrueux organisme. (…)

Par Jules Huret dans Le Figaro du 3 août 1892

Zone de commentaire !

0 commentaires pour : "Le marteau-pilon à l’usine Schneider au Creusot :  Le Figaro du 3 août 1892"

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Dernières publications


Toutes nos catégories

Articles par années

Les partenaire de Piwi