Le 1er juin, le président du New York Times, le jeune et journaliste A. G. Sulzberger, a donné à Marseille un long discours en forme de dernier avertissement à la presse avant l’hiver nucléaire de l’intelligence artificielle. C’était à l’occasion du Congrès mondial des médias et son texte, aussi précis que documenté, décrypte comment les grands acteurs de l’IA et les moteurs de recherche, qui sont parfois les mêmes entreprises (coucou Google et Microsoft), ont construit leur nouvel empire en captant sans autorisation le patrimoine journalistique passé et présent des médias qui produisent et vérifient les informations, envoient des journalistes sur le terrain et dénichent des histoires qui n’existeraient pas sans eux. Il y a bien eu des tentatives de compensation et quelques accords, entre Le Monde et OpenAI en France notamment, mais ils ne bénéficient pas à l’ensemble des médias qui restent trop désunis pour négocier et trop peu armés pour se défendre en justice.
La conséquence très concrète, c’est que les moteurs de recherche, qui hier se vendaient comme des « alliés » de la presse en lui adressant du trafic, sont déjà devenus des plateformes d’où les internautes ne sortent plus. « À l’ère de l’IA, Google utilise de plus en plus le contenu des organes de presse et d’autres sites web pour répondre directement aux questions, pointe ainsi A. G. Sulzberger. En conséquence, selon des études du secteur, il est dix fois plus difficile aujourd’hui qu’il y a dix ans d’amener un utilisateur de Google à cliquer sur un lien. » La conséquence, c’est un appauvrissement des médias, de l’information et donc des démocraties. Le raccourci est rapide, mais on en est très concrètement là. Et de lister des actions à mener pour résister : s’unir et négocier, mais surtout miser sur un journalisme qui est à l’origine de l’information. « Pour devenir une destination incontournable dans un monde où l’IA sert d’intermédiaire, continue le patron du New York Times, il faudra un journalisme si singulier qu’il possède sa propre force d’attraction. Le cœur de cette stratégie, c’est le reportage. Le public n’a jamais aucune autre source pour ce type de travail. L’IA non plus. »