Cela fait des décennies qu’il est connu que le réchauffement climatique augmentera le risque d’incendie. Les modélisations disponibles pour la France montrent que, après 2050, la quasi totalité du territoire sera autant à risque que les Landes au début du siècle (et Fontainebleau l’illustre).
Cela fait des décennies que l’on sait que le réchauffement en cours aggravera tous les facteurs :
– il affaiblit la végétation. Quiconque a pris le train ou la voiture (électrique bien sûr !) cette dernière semaine a pu voir le nombre d’arbres et arbustes déjà morts ou en train de mourir ici et là, déshydratés ou attaqués par des parasites (ou les deux). Les arbres morts sont évidemment les plus inflammables de tous. Cela vaut aussi pour les sous-bois, avec de plus en plus de matière végétale sèche issue de la broussaille.
– il diminue l’eau accessible. Notre pays ne va pas seulement aborder sa 4è canicule ou vague de chaleur depuis mai. Nous sommes également plongés dans une sécheresse sévère (inédite par certains aspects), alors que nous ne sommes que fin juillet (et Météo France ne prévoit pas de pluie pour les 15 jours à venir). Sans même brûler, champs et prairies sont facilement tout jaunes.
Notre pays est couvert à 32% de forêts. Un arbre met des dizaines d’années à pousser. Dans 40 ou 50 ans, le réchauffement planétaire dépassera peut-être les 2°C. Si déjà la forêt meurt et s’embrase aujourd’hui, qu’en restera-t-il dans 40 ans ?
Si nous voulons conserver des arbres et des paysages, il va falloir mettre beaucoup plus de moyens dans la préservation de la forêt que ce que nous faisons aujourd’hui (ce qui n’est pas antagoniste avec les les mesures de prévention contre les incendies, au contraire). Plus généralement, cet été (pas terminé) nous rappelle une fois de plus que « l’adaptation » n’est pas juste un truc sympa à faire quand nous avons le temps.
Cela va demander d’y consacrer des moyens significatifs, et comme ni les ressources (dont l’énergie) ni les gens ne peuvent se dédoubler, il va parfois falloir choisir entre un nouveau rond point, une nouvelle route, une nouvelle salle des fêtes, un nouveau datacenter, un nouvel investissement, et préserver une partie de ce que nous avons déjà. Quel(le) politique aura le courage de le dire ? Quel(le) journaliste aura le courage de présenter la situation sous cet angle ?
Aujourd’hui l’urgence est à la lutte contre le feu. Demain, elle sera de nouveau à se poser les bonnes questions.
NB : avant-hier soir, j’ai regardé le JT de TF1 sur les incendies. Pas une seule fois l’expression « réchauffement climatique » n’a été prononcée. Il reste du boulot...

