La fonderie et Piwi

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Par : piwi
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lundi 24 Juin, 2024
Catégorie : AAESFF

Un savoir-faire inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO

En Suisse, la fabrication des cloches olympiques se perpétue dans une fonderie familiale

 Jeux Olympiques

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Depuis trois générations, la Fonderie Blondeau de La Chaux-de-Fonds (Suisse), fabrique les cloches du dernier tour dans les épreuves olympiques à la demande d’Omega, le chronométreur officiel des JO. Rencontres.

Au 26 rue de l’hôtel de ville, la maison grise a des airs de masure et s’il n’y avait pas le panneau coloré et l’enseigne ouvragée indiquant « Fonderie des cloches Blondeau », chacun passerait son chemin. C’est pourtant ici que sont créés des éléments du patrimoine olympique depuis 1980 et les jeux de Moscou : les l »ast lap bells », cloches du dernier tour en VF.

Ce sont elles qui sonnent au choix un moment de souffrance ou de soulagement, résonnent comme un augure de victoire ou de défaite. Elles sont utilisées dans sept épreuves pour prévenir du dernier tour ou du dernier round : athlétisme, vélo sur piste (et de route quand le parcours finit sur un circuit), boxe, triathlon, marche, VTT. Et en short track (patinage de vitesse) en hiver.

Une fonderie « au fin fond du Jura Suisse »

Lorsqu’on toque à la porte du 26, c’est Aloïs Huguenin, trentenaire en sueur et le visage noirci qui vient ouvrir. Le fils de Serge Huguenin et petit-fils de Raymond Blondeau dont la fonderie a gardé le nom. Aloïs a pris la relève, formé par son père et n’a pas l’air de s’en plaindre.

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C’est une grande fierté : une toute petite fonderie avec deux employés au fin fond du Jura Suisse dont les cloches sont vues par des milliards de personnes !

Avant de commencer la coulée hebdomadaire qui fait désormais l’objet de visites publiques presque chaque semaine, Aloïs fait admirer et soupeser les « last lap bells » exposées dans la remise : 2, 5 kg de bronze estampillés Paris 2024 ou Rio 2016, mais aussi Sotchi 2014. « Hiver, été, on fait aussi celles pour les JO de la jeunesse. Pour Paris, on nous en a commandé 38 soit 8 de plus que d’habitude. » Et il y a parfois des demandes inattendues : « Un jour on nous a demandé de refaire une cloche pour un film sur une boxeuse américaine qui avait gagné aux JO de Londres en 2012. »

10h30 : l’heure de la coulée

Aloïs est prêt pour le premier round. Il enfile ses vieilles paires de chaussures de randonnée aux lacets brûlés, ses protections de tibia en cuir, double sa blouse en tissu, met son casque à la grille en acier et ses gants qui supportent jusqu’à 800°. Le four avec son mélange de cuivre et d’étain, tous des matériaux de récup’ et qui constituent le bronze à cloches, en fait 400 de plus. À l’aide d’une louche, l’alliage en fusion est coulé dans les moules, des châssis en métal, avec un modèle, remplis de sable de Paris, réputé pour contenir moins de silice et être moins toxique, car dans cet antre aux murs noircis de poussière qui ne déparerait pas chez Dickens, on doit en avaler de la particule nocive…

En tout et pour tout, il a fallu 5 mn pour couler une dizaine de cloches. « Que ce soit pour les « last lap bells » ou n’importe quelle cloche, il faut aller vite mais contrôler : le bronze est indiscipliné, il faut le faire pénétrer dans tous les interstices du moule. »

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La coulée des cloches nécessite d’aller vite, car le bronze est un alliage « indiscipliné.  Patricia Oudit

Un savoir-faire inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO

En attendant que l’alliage durcisse, quelques minutes pas plus, les deux hommes en sueur profitent de la fraîcheur du dehors procurée par les 1000 m d’altitude de la ville qui depuis décembre 2020 a vu ses savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Si la production de cloches olympiques est anecdotique par rapport aux cloches souvenirs réalisées à l’occasion d’événements festifs (anniversaires, mariages, fêtes), et même aux 5% consacrés aux vaches, elle n’en met pas moins la pression. Evan Hüther qui assiste Aloïs depuis quelques mois et s’est spécialisé dans les lettres que l’on coulera demain plaisante en s’essuyant le visage : « Fondre les cloches, c’est une équation à plusieurs inconnues, pas une science exacte, un peu comme du sport de haut-niveau. C’est un job physique et on connaît beaucoup l’échec ! » Aloïs renchérit : « parfois, on doit mettre 3 heures de boulot à la poubelle. À cause d’un marquage de travers, un trou, ou encore une imperfection impossible à rattraper. Allez, dans 5 minutes, on saura si on est sur le podium… »

Ouf ! Opération démoulage réussie. Les cloches sont prêtes à passer sur le tour, qui les fera briller de mille feux. C’est le client qui va être content…

Omega, chronométreur officiel des JO depuis 1932

Le client ? C’est Omega. Rendez-vous est donné chez Swiss Timing, filiale de Swatch Group dont fait partie la marque de montres, située à 45 minutes de train de la fonderie Blondeau dans le petit village de Corgémont. Exit l’ambiance pré-industrielle. Ici, dans ce bâtiment moderne, ce ne sont qu’écrans, photos finish et ingénieurs qui s’activent dans le time keeping lab (« laboratoire du maintien du temps ») royaume de la data, bien loin de l’âge du bronze.

Pascal Rossier, directeur du projet olympique, nous y accueille. Et explique pourquoi Omega, chronométreur officiel des JO depuis 1932 à quelques exceptions près, bien que disposant des dernières technologies de mesure du temps au dix millièmes de seconde près, continue de perpétuer la tradition de cette « last lap bell ».

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C’est dans l’ADN horlogère de la région : ces cloches sont un symbole émotionnel, un lien humain fort quand le temps est maîtrisé par les machines.

Témoin de ces vestiges sonores du passé : le mur de cloches installé non loin de l’entrée. On y lit l’histoire des JO aussi bien, voire mieux, qu’à travers un chrono… Pendant les des épreuves olympiques (du 26 juillet au 11 août) et paralympiques (du 28 août au 8 septembre) de Paris 2024, Aloïs Huguenin, fan de sport avec son père Serge, fera peut-être comme tous les quatre ans depuis qu’il est en âge de regarder la télé : rivé aux épreuves d’athlétisme pour admirer le geste sportif, ses records chronométrés avec une précision chirurgicale. « Mais surtout », dit-il « essayer au passage d’entrevoir les cloches familiales, même pendant trois secondes ! »

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