« Cela aurait été une catastrophe » : l’incroyable sauvetage des fonderies de François Ier dans l’Aisne

Trois cadres ont repris les Fonderies de Sougland à Saint-Michel-en-Thiérache (Aisne), créées en 1543 sous François Ier. Cette entreprise spécialisée dans la fonte et l’acier était menacée de liquidation judiciaire.

Le 22 avril 2026
Les plus anciennes fonderies françaises de Saint-Michel-en-Thiérache ont échappé à la fermeture grâce au rachat par leurs dirigeants. L'entreprise fondée en 1543 emploie 43 salariés sur 50. Photopqr/L'Union de Reims/Camille Tyrou
Les plus anciennes fonderies françaises de Saint-Michel-en-Thiérache ont échappé à la fermeture grâce au rachat par leurs dirigeants. L’entreprise fondée en 1543 emploie 43 salariés sur 50. Photopqr/L’Union de Reims/Camille Tyrou

« Cela aurait été une catastrophe si l’entreprise avait fermé. Nous sommes la haute couture de la fonderie. Nous faisons du cousu main », confient Emmanuel Vega, le président, Patrice Seret, directeur général opérationnel, et Régis Colignon, directeur général administratif, des Fonderies de Sougland, simplement rebaptisées Sougland.

Situées à Saint-Michel-en-Thiérache au nord de l’Aisne, en bordure de la rivière Le Gland et d’une riche forêt, elles ont été fondées en 1543 sous François Ier. De fait, elles sont les plus vieilles fonderies de France. Malheureusement, elles ont connu des mois difficiles et ont été placées en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lyon.


Les trois dirigeants ont pu s’appuyer sur une forte solidarité tant des clients, des pouvoirs publics, des 50 salariés que des fournisseurs. Une solidarité conjuguée à une réduction importante du pourcentage de taux de rebut, de 14 % à 3 %. Les coûts de revient sont devenus inférieurs aux prix de vente et de nouveaux clients sont arrivés.

Des boulets de canon au nucléaire

Un dynamisme qui a convaincu le tribunal de commerce de laisser une chance au trio de repreneurs, constitué de cadres des fonderies. D’autant que la région a accordé un prêt de 300 000 euros, pour sept ans, afin de sécuriser le démarrage de la nouvelle structure et l’aider à consolider sa trésorerie. Elle a agi en complément de la communauté de communes des Trois-Rivières qui a mobilisé également un prêt de 150 000 euros.

De belles marques d’affection pour une entreprise de 15 000 m2, qui, à l’origine, fabriquait des armes, des baïonnettes, des boulets de canons… Depuis, les fonderies n’ont eu de cesse de s’adapter aux demandes de leurs clients pour produire des pièces en fonte et en acier de petites et moyennes séries. Labellisée « Vitrine Industrie du Futur », elles ont su démontrer leur capacité à se moderniser, à innover et à s’inscrire pleinement dans une dynamique tournée vers l’avenir et la décarbonation.

Naval, nucléaire, sidérurgie, ferroviaire, cimenteries… elle compte environ 200 clients dans tous les domaines d’activité et réalise 15 % de son chiffre d’affaires à l’international. Parmi ses célèbres clients, l’US Navy ou les chantiers de Saint-Nazaire pour des pièces de moteurs de bateaux : « Nous sommes sur des niches, poursuivent-ils. Nos pièces pèsent de quelques grammes à deux tonnes. Le savoir-faire développé depuis tant de décennies n’est pas délocalisable. La liquidation aurait sonné comme une injustice. Aujourd’hui, nous vivons une aventure humaine extraordinaire. »



En effet, en l’absence de repreneur extérieur, ils ont décidé de sauter le pas à plus de 50 ans passés : « J’étais encore une période d’essai quand le dossier a été constitué », raconte amusé Emmanuel Vega, qui assurait les fonctions de directeur. « Nous nous démarquons par notre réactivité, expliquent-ils. Par exemple, en cas de casse sur machine. On peut fabriquer une pièce de rechange en quatre jours si nous avons l’outillage. Même les particuliers peuvent nous contacter », se satisfont les trois associés.

Seul bémol, 7 des 50 salariés n’ont pas été repris. Certains seront bientôt en préretraite : « La décision a été un gros soulagement pour ceux qui restent, concluent-ils. Cela leur donne confiance. Ils vont pouvoir se projeter. Pour certains, leur père et leur grand-père travaillaient aux fonderies avant eux. »