Canicule : l’industrie lourde européenne est-elle prête à affronter le changement climatique ?
Alors que les vagues de chaleur se multiplient en Europe, une étude pointe la vulnérabilité de plusieurs secteurs stratégiques face aux températures extrêmes. Un enjeu de souveraineté sur lequel les dirigeants doivent accélérer.
Cela n’aura échappé à personne : l’Europe a chaud. Alors que le Vieux Continent subit canicule sur canicule, une étude vient mettre en lumière la vulnérabilité de plusieurs industries stratégiques face au dérèglement climatique. Et si les dirigeants ont pris conscience du problème, l’adaptation se fait cruellement attendre.
Menée par le cabinet de conseil français Sia Partners, l’étude porte sur 365 sites industriels de 29 groupes, dans cinq secteurs particulièrement représentatifs (acier, raffinage, verre, ciment et ammoniac). En comparant le lieu et le fonctionnement de ces installations aux projections climatiques du GIEC, Sia en est arrivé à une conclusion effarante : 80 % d’entre elles seront « fortement exposées » aux vagues de chaleur d’ici à 2030. Un chiffre qui monte même à 95 % à l’horizon 2050.
Ecosystème
Si le constat semble alarmant, il n’est pas question de céder à la psychose pour autant. « Les entreprises ont encore le temps de s’adapter face à ce défi majeur. Ces derniers temps, on constate une réelle prise de conscience des dirigeants à ce sujet. La dynamique est enclenchée », assure Stéphanie Ruaudel, spécialiste énergie et environnement chez Sia et responsable du rapport. Selon elle, la priorité pour ces entreprises est de faire un diagnostic de vulnérabilité, en s’appuyant sur des experts du secteur et sur l’exploitation des données, afin d’étudier les défis à relever sur chaque site.
Mais la problématique ne se résume pas au site lui-même. « Vous pouvez très bien avoir la climatisation et une bonne isolation dans votre usine, mais si les écoles des enfants de vos salariés sont fermées et que les transports en commun ne fonctionnent plus, ils ne pourront pas venir », illustre Stéphanie Ruaudel. « Ce n’est pas juste un site industriel, c’est tout un écosystème qui va devoir s’adapter. C’est un travail collectif qui doit se faire au niveau de tout un territoire », ajoute-t-elle.
Car les conséquences de ces vagues de chaleur, comme d’autres aléas climatiques, tels que les inondations, peuvent être considérables : « Une canicule peut durablement mettre vos machines en panne. Et une inondation dans vos entrepôts peut détruire tous vos stocks. Il faut prendre conscience qu’un phénomène climatique qui dure deux ou trois jours peut avoir de lourdes conséquences sur plusieurs mois », rappelle l’experte.
Un danger de plus pour des secteurs stratégiques, déjà malmenés par la pression sur les prix imposée par l’industrie chinoise. « Si l’Europe ne met pas en sécurité climatique ses capacités de production, elle accélérera sa dépendance aux puissances industrielles concurrentes », souligne l’étude.
« Cercle vicieux »
Car la Chine peut profiter d’un territoire plus vaste, d’un accès plus facile aux matières premières, d’installations plus récentes, donc mieux adaptées, et d’un système de planification hautement perfectionné. Cela lui donne déjà un avantage certain face à une Europe qui, pour ne rien arranger, se réchauffe bien plus vite que la moyenne mondiale.
Le Vieux Continent doit donc réagir, affirme l’étude. Mais la conjoncture économique morose n’invite pas à l’ambition. « Des entreprises se demandent si elles seront encore en vie dans deux ans. Alors se projeter sur vingt ans, ce n’est pas si évident », souffle Stéphanie Ruaudel.
Selon la spécialiste, les entreprises commencent à monter des équipes en interne pour répondre à ce défi, mais les financements sont encore trop timides. « Il faudrait être plus ambitieux et rapide. C’est très difficile pour des groupes déjà fragilisés, mais il faut absolument réagir pour ne pas entrer dans un cercle vicieux. Car moins ces entreprises s’adaptent, moins elles seront compétitives à l’avenir », insiste-t-elle.
Alexandre Rousset

