Patrice TOURAINE
Senior Project Manager, with specific knowledge in Risk Management : wherever and whenever they occur
La Fonderie Atlantique Industrie (FAI) n’a pas fermé par hasard :
c’est le symptôme d’un État qui parle de souveraineté industrielle… tout en laissant mourir les ateliers qui la rendent possible.
A l’heure où le Président Macron visite le porte-avions Charles de Gaulle, quel message de fond doit-être compris ?
Dans mon premier post sur ce sujet, je présentais rapidement comment cette fonderie nantaise coulait des hélices XXL pour la marine civile et militaire, avant de tirer le rideau au moment même où l’on lance à grand renfort de communication le futur PA‑NG.
FAI n’est que la partie visible d’une politique industrielle française devenue essentiellement réactive, fragmentée, incapable de protéger dans la durée ses maillons stratégiques !
Depuis quarante ans, on laisse les chaînes de valeur se déliter : on importe les catapultes de nos porte‑avions, on achète des hélices Rolls‑Royce pour le Charles de Gaulle, tout en se félicitant d’ouvrir quelques « usines vitrines » pour la photo, habile moyen de communication politique sans lendemain !
Sur le terrain, ce sont les mêmes ingrédients qui reviennent : appels d’offres au plus bas prix, visibilité de quelques années tout au plus, sous‑investissements chroniques dans les compétences rares (soudeurs, fondeurs, mécaniciens lourds), et aucun cadre stratégique stable qui permette à ces PME d’investir, de transmettre les savoir‑faire (mémoire d’entreprise devenue inexistante), de résister aux à‑coups de la conjoncture…
Résultat : quand vient le moment de commander les hélices, les vannes, les composants critiques du prochain PA‑NG, la question n’est plus « avec qui travailler ? », mais « qui reste encore debout en France ? ».
Ce que raconte l’histoire de FAI, c’est donc moins la « faute » d’une entreprise que le vide d’une vraie doctrine industrielle : nous avons accepté de devenir un pays client, dépendant d’alliés qui peuvent à tout moment bloquer une pièce, une technologie, une maintenance.
Si l’on veut que le PA‑NG, la transition énergétique ou la défense européenne ne soient pas de nouveaux accélérateurs de dépendance stratégique, il va falloir passer d’une politique de communication à une politique de filières : contrats longs, montée en gamme assumée, choix clairs sur ce que l’on refuse de laisser partir.
La question, maintenant, c’est : quelles sont les trois prochaines FAI que nous sommes prêts – ou pas – à sacrifier ?
J’invite ici solennellement Johanna Rolland, Foulques Chombart de Lauwe, Mounir Belhamiti, William Aucant, Margot Medkour, Jean-Claude HULOT, Alexandre Gauvin, et Nicolas Bazille à prendre clairement position sur ce dossier, et à dire publiquement quelle place ils veulent donner, concrètement, à l’industrie et aux savoir‑faire stratégiques dans l’avenir de Nantes.
Source article blog : https://lnkd.in/eQ6-83br
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