Europe industrielle : la prise de conscience est là… mais la vitesse n’y est pas
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Europe industrielle : la prise de conscience est là… mais la vitesse n’y est pas
Dans une intervention récente, Nicolas Dufourcq a posé un diagnostic lucide sur la situation industrielle européenne : la prise de conscience existe, mais l’Europe agit trop lentement.
Face à la montée en puissance industrielle de la Chine et à la politique industrielle très offensive des États-Unis, l’Union européenne commence à réagir. Les mesures de contenu local dans les véhicules électriques ou les débats sur la souveraineté industrielle montrent que le paradigme évolue.
Mais le problème reste structurel : l’Europe est à 27.
Construire un consensus entre les États membres, la Commission et le Parlement implique des processus de décision extrêmement longs, souvent incompatibles avec la vitesse des transformations industrielles et des stratégies géopolitiques.
Pendant ce temps, certaines filières européennes sont déjà sous pression. Comme le souligne Nicolas Dufourcq, de la Pologne à la Bretagne, de nombreux sous-traitants industriels — notamment dans l’automobile, la mécanique, la plasturgie ou la chimie — subissent une concurrence frontale. Dans certains segments, les produits importés arrivent sur le marché européen avec des écarts de prix pouvant atteindre 40 %.
Ce choc industriel touche particulièrement les PME et ETI industrielles, qui constituent pourtant l’ossature de l’économie européenne.
La question n’est pas de fermer les frontières, mais de reconnaître qu’il existe, sur certaines chaînes de valeur, des situations de prédation industrielle. Dans ces cas précis, des mesures ciblées de protection ou d’ajustement aux frontières peuvent être nécessaires pour préserver les capacités industrielles européennes.
Le débat dépasse d’ailleurs la seule politique commerciale : il pose la question de la gouvernance économique de l’Union européenne.
Car dans un monde où les grandes puissances agissent rapidement — États-Unis avec l’IRA, Chine avec une stratégie industrielle coordonnée — une prise de décision à 27 États montre ses limites.
Sur les sujets industriels stratégiques, l’Europe devra probablement apprendre à avancer plus vite, parfois avec des coalitions d’États volontaires, si elle veut préserver sa base industrielle.
Au fond, le choix est simple :
continuer à être une Europe du consommateur, ou redevenir une Europe de producteurs et d’industriels.