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jeudi 25 Juin, 2026
Catégorie : Actu flash

En France, l’effondrement de l’industrie, notamment automobile,

En France, l’effondrement de l’industrie, notamment automobile, et de la productivité, a des causes objectives estime Christian Saint-Etienne.

On ne peut comprendre l'affaiblissement de l'industrie manufacturière en France que si l'on prend en compte la désertion des constructeurs automobiles depuis vingt ans.
On ne peut comprendre l’affaiblissement de l’industrie manufacturière en France que si l’on prend en compte la désertion des constructeurs automobiles depuis vingt ans. (Photo Romain Gaillard/REA)

Par Christian Saint-Etienne (universitaire membre du Cercle des économistes)

Publié le 24 juin 2026

La part de l’industrie manufacturière dans le PIB français est plus basse en 2025 (10,0 %) qu’en 2023 (10,1 %).

Quand on considère l’ensemble de l’industrie hors construction, la chute est plus marquée, passant de 13,2 % en 2023 à 12,0 % du PIB en 2025 en France contre, la même année en pourcentage du PIB, 20,7 % en Allemagne, 17,6 % en Italie, 17,0 % en zone euro et 14,2 % en Espagne.

Baisse de la productivité globale

Notre secteur productif a enregistré une baisse de la productivité du travail depuis le choc du Covid. Selon une note de l’Insee, la baisse de la productivité apparente du travail en France, mesurée comme le rapport du PIB à l’emploi exprimé en personnes physiques et par rapport à la tendance d’avant crise sanitaire, s’établit à 4,3 points en 2025 par rapport à 2019. Cette perte de productivité par rapport à la tendance est plus de deux fois plus marquée que dans le reste de la zone euro.

L’industrie étant plus productive que les autres secteurs économiques, l’affaiblissement du poids de notre industrie contribue à cette performance décevante de la productivité.

Pour ne pas s’effrayer, notons que la forte hausse des emplois d’alternants et de microentrepreneurs, dont la productivité est inférieure à celle des salariés à temps complet, a contribué à cette baisse de la productivité globale. Ces deux catégories ont contribué à 50 % de la hausse de l’emploi de 2019 à 2025, alors qu’elles ne représentaient que 12 % des emplois en 2019.

L’exemple espagnol

On ne peut comprendre l’affaiblissement de l’industrie manufacturière en France que si l’on prend en compte la désertion des constructeurs automobiles depuis vingt ans.

La France produisait 3.702.000 voitures et vans en 2002, et encore 2.270.000 en 2018 avant de s’effondrer à 1.477.000 en 2025, soit une baisse de

60 % de 2002 à 2025 et de

35 % de 2018 à 2025.C’est d’autant plus stupéfiant que l’Etat est partiellement actionnaire des deux grands constructeurs français.

Les délocalisations de production ont été massives vers l’Europe centrale, la Turquie et le Maroc, mais aussi vers l’Espagne. Ce dernier pays est devenu le deuxième constructeur de voitures en Europe, la France pointant à la cinquième place avec une production quatre fois inférieure à l’allemande et presque deux fois inférieure à l’espagnole.

L’Espagne a fait, au cours des vingt dernières années, ce que la France a oublié de faire : une politique de filière favorisant l’implantation des constructeurs européens sur son territoire en sorte que la filière automobile pèse aujourd’hui 10 % du PIB espagnol, 18 % des exportations et presque 2 millions d’emplois directs et indirects quand l’Ile-de-France, autrefois berceau de la production automobile européenne, ferme ses dernières usines de production. Production : un mot célébré en Espagne et honnie en France où tout l’appareil politique et social est obsédé de redistribution de ce qui n’est plus produit. Les déficits publics et du commerce extérieur sont la conséquence de l’effondrement de la production.

Des impôts de production plus élevés

Il faut évidemment rapprocher ces chiffres du poids des impôts de production qui se situent, en pourcentage du PIB, à 3,6 % en France contre 1,9 % en Espagne et 0,6 % en Allemagne. Les impôts de production sont six fois plus élevés en France qu’en Allemagne et presque au double de leur niveau en Espagne !

Réduire les impôts de production de 1,6 point de PIB pour les ramener à 2 % du PIB, redonnerait 48 milliards d’euros aux entreprises qui investissent en France. Pour ne pas être naïf, on pourrait conditionner la baisse des impôts de production sur deux ans à une hausse effective équivalente des investissements des entreprises – formation brute de capital fixe et hausse des dépenses numériques – sur le sol français afin de booster la productivité du travail, seule garantie de la compétitivité. L’effondrement productif français a des causes objectives. Il faut arrêter d’en disserter et agir.

Christian Saint-Etienne est universitaire économiste, membre du Cercle des économistes.

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