Métaux stratégiques : « La rentabilité à court terme du recyclage est secondaire, la puissance publique doit planifier et investir sur le temps long »
Adopter une approche financière du recyclage des métaux stratégiques (cuivre, aluminium, nickel, lithium etc) serait une erreur d’analyse majeure, alors qu’il s’agit de mettre en place une politique nationale des ressources, argumente Jean-Marc Boursier, président de l’Institut national de l’économie circulaire.
Par Jean-Marc Boursier (Président de l’Institut national de l’économie circulaire (INEC))
Chaque époque industrielle a connu son couple « ressources et infrastructures stratégiques ». Depuis le milieu XIXe siècle, le charbon a servi de vecteur à l’industrialisation. Le pétrole a permis le développement de l’automobile, de l’aviation, de la pétrochimie… Enfin, le développement du gaz et de l’électricité a été rendu possible par la construction de centrales thermiques ou nucléaires et de réseaux énergétiques.
Aujourd’hui, l’explosion du numérique et la construction massive de data centers requièrent des métaux critiques, contenus dans les batteries et les semi-conducteurs, et une quantité importante d’énergie de plus en plus renouvelable.
Dans ce contexte historique, l’Europe et la France ne sont pas restées sans réponse. Dès 1878, à l’initiative de Charles de Freycinet, la France lance un vaste programme de développement ferroviaire, avec comme objectifs : désenclaver les campagnes et faire du rail une infrastructure nationale stratégique. En 1951, l’Europe se matérialise avec la mise en commun de deux ressources essentielles, le charbon et l’acier. Dans les années 1970, la dépendance au pétrole devient un risque géopolitique majeur et l’Etat réagit en investissant dans le nucléaire civil.
Une planification circulaire ambitieuse
Ces exemples répondent au même raisonnement : lorsqu’une ressource devient stratégique, elle ne peut plus être pensée comme le résultat d’un marché. La puissance publique choisit d’investir et de planifier sur le temps long, sans se soucier, de la rentabilité immédiate des réseaux et des infrastructures associées.
Les matières premières stratégiques doivent faire l’objet d’une planification circulaire ambitieuse. Le XXIe siècle est celui des métaux stratégiques : le cuivre, l’aluminium, le nickel, le lithium et les terres rares. Leurs besoins se sont accrus avec nos modes de vie et la transition énergétique : électrification, numérique, défense, énergie. Ces minerais sont devenus la condition de notre souveraineté.
Ne les produisant que pas ou trop peu, la seule approche viable est une politique circulaire robuste de valorisation de ces matériaux stratégiques. Développer des mines urbaines, qui consistent à recycler les déchets ménagers et industriels, est le préalable à toute ambition industrielle. Notre souveraineté ne tient pas qu’à notre capacité à produire, mais aussi à préserver, récupérer et réutiliser les ressources dont dépend notre industrie.

