La fonderie et Piwi

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Par : Fabrice
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lundi 27 Avr, 2026
Catégorie : Au hasard

Pour défendre la mémoire d’une usine des Ardennes, cette association cherche des témoignages et des mécènes

Les Derniers témoins des Forges de Vireux viennent de tenir leur premier café rencontre. L’occasion de rappeler la richesse de leur travail. Parmi les projets, la restauration d’un marteau-pilon est à l’étude.

Créée en janvier à l’initiative d’Alain Lambert, l’association DTFV (Derniers témoins des Forges de Vireux)vient d’organiser son premier café rencontre au centre social Le lien. Pour l’occasion, une quinzaine de personnes étaient présentes. Plus de quarante adhérents ont déjà rejoint l’association, composée d’anciens ouvriers mais aussi de passionnés.

Tous partagent un même objectif : préserver et transmettre la mémoire d’un site industriel, La Chiers, qui a profondément marqué le territoire.

« Âge d’or »

« C’est un chantier vaste, il y a tellement de possibilités », confie Alain Lambert. Depuis quinze ans, il anime un groupe Facebook consacré à l’histoire de l’usine. Fort des nombreux témoignages et documents recueillis, il a souhaité structurer cette démarche en créant une association. « Il y a une vraie volonté de documenter, aussi bien l’âge d’or de la fonderie, que le traumatisme de la fermeture. »

Pour cela, les bénévoles s’attellent à un travail de fond : collecter, classer, archiver, mais aussi enregistrer les récits de celles et ceux qui ont travaillé aux Fonderies de la Chiers.

« Notre but, c’est d’accumuler de la matière pour laisser une trace durable », résume Claude Covelli, 65 ans, secrétaire de l’association, originaire de Lorraine, lui-même passionné par l’histoire de la sidérurgie.

J’ai travaillé à La Chiers une dizaine d’années. Après la fermeture, j’ai suivi deux formations directement sur le site, dans le cadre du plan de reconversion

Antonio Chiomento, ancien ouvrier à La Chiers

« J’y ai travaillé une dizaine d’années. Après la fermeture, j’ai suivi deux formations directement sur le site, dans le cadre du plan de reconversion », raconte Antonio Chiomento, 71 ans. « Ensuite, je suis devenu chef d’atelier dans une boulonnerie, puis chef de chantier électromécanicien. Mais à 30 ans, avec une famille, ce n’était pas évident. »

Autre participant, Philippe Husson, 64 ans. Celui qui est président du centre social Le Lien a aussi évoqué son parcours : entré là-bas en apprentissage à 16 ans pour un CAP d’électromécanicien, il souligne que les locaux de l’IAE (la partie chantiers d’insertion du Lien) occupent les anciens bâtiments de la fonderie, « ce qui résonne forcément d’une manière particulière ».

Les Fonderies de la Chiers ont façonné tout un bassin de vie. « En 1973, nous étions 1 700 salariés. Cela faisait vivre Vireux-Molhain. Il y avait une cinquantaine de commerces pour une ville de 4 000 habitants », se souvient François Maglia, 78 ans, vice-président de l’association.

Lui-même a été ancien employé à La Chiers de 1965 à 1983. « Les ouvriers travaillaient entre 48 et 52 heures par semaine, mais avaient une bonne convention. Les salaires suivaient l’inflation, l’usine louait des maisons à bas prix, elle permettait de bénéficier d’une coopérative, de colonies de vacances pour les enfants… À notre arrivée, on recevait même un trousseau avec vêtements et chaussures. Ça faisait vivre beaucoup de monde, c’est important de s’en souvenir. »

Violences en 1983

La fermeture, en 1983, a également laissé des traces profondes. « Les manifestations étaient très violentes, elles revenaient chaque mois. Les commerçants allaient jusqu’à barricader leurs boutiques. C’était dur, certains ont été mis en préretraite très jeunes, il y a eu beaucoup d’amertume », poursuit-il.

L’histoire des Fonderies de la Chiers est aussi celle d’une main-d’œuvre venue d’ailleurs, notamment d’Italie, qui a contribué à façonner l’identité locale. Un héritage que l’association entend faire connaître, à travers des sorties, notamment au musée métallurgique de Bogny-sur-Meuse.

D’autres projets ne manquent pas : organisation d’expositions, publications, voire création d’un musée à plus long terme. L’association réfléchit également à la mise en place d’un circuit de mémoire, jalonné de plaques et de QR codes, pour faire revivre les anciens sites industriels et les rendre accessibles à tous les publics. La restauration et l’installation d’un marteau-pilon sont aussi à l’étude, comme symbole d’une époque.

« Transmission »

« C’est un devoir de mémoire. Nous sommes très attachés à la transmission, notamment auprès des jeunes générations », souligne Frédéric Coquet, 63 ans, trésorier de l’association. Dans cet esprit, les membres prévoient plusieurs actions commémoratives, dont un dépôt de gerbe le 1er mai en hommage aux ouvriers disparus dans l’usine. Ils envisagent aussi de renouer avec la tradition de la Saint-Éloi, patron des métallurgistes, autrefois célébrée par une journée festive.

L’association lance, d’ailleurs, un double appel : une recherche de mécènes pour soutenir ses projets, mais aussi des témoignages d’anciens ouvriers et de leurs proches, pour enrichir ce travail de mémoire.

Une mémoire vivante que ses membres s’attachent à faire perdurer.

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