Ici.fr – Baptiste Schweitzer
La Fonderie de Bretagne va demander son placement en redressement judiciaire en raison de difficultés de trésorerie. Europlasma, qui a racheté l’entreprise de Caudan dans le Morbihan en mai 2025, l’a annoncé ce vendredi 26 juin. Elle était à l’arrêt depuis le mois de janvier.
« Le couperet vient de tomber« , annonce la CGT dans un communiqué vendredi 26 juin. La Fonderie de Bretagne va demander son placement en redressement judiciaire. Un CSE extraordinaire est convoqué mardi 30 juin. Les caisses sont vides, l’entreprise de Caudan dans le Morbihan est en cessation de paiement, précise le syndicat.
Un choc, mais pas une surprise explique Eric Guyomard, l’un des délégués CGT de l’entreprise. Depuis son rachat en mai 2025 par le fonds d’investissement Europlasma, les difficultés se sont accumulées. Depuis le mois de janvier, la Fonderie de Bretagne est à l’arrêt en raison de l’incendie d’un four. Les 266 salariés devaient reprendre l’activité mercredi 1er juillet.
Le repreneur « nous a trimballés »
Au moment de son rachat il y a un peu plus d’un an, Europlasma avait avancé la piste de la diversification pour tenter de sauver l’entreprise bretonne. Dépendante de Renault, la Fonderie de Bretagne devait aller vers la fabrication d’obus pour l’armée. Mais le repreneur « nous a trimballés« , dénonce Eric Guyomard. « Nous, on a développé notre obus, on a fait la conception et les tests venaient d’être réalisés. On devait recommencer l’activité, les planètes commençaient à s’aligner et puis boum!, il nous balance un redressement judiciaire« , s’émeut le délégué syndical.
« Malgré les alertes successives nous n’avons jamais été pris au sérieux« , s’indigne la CGT. « En CSE on n’a plus accès à la trésorerie de l’entreprise depuis plusieurs mois », détaille Eric Guyomard. « Depuis le début, il n’y a eu aucun apport de ce repreneur« , explique-t-il.
« L’inquiétude et la lassitude montent encore un peu plus chez les salariés, et elles sont légitimes », explique Damien Girard, député écologiste de la 5e circonscription du Morbihan.
« Comme je le fais depuis février, je demande d’urgence au ministre de l’Industrie et au Premier ministre de mettre sous tutelle par une nationalisation temporaire la Fonderie de Bretagne, pour protéger les salarié·es et leurs familles. Ce sont des emplois, et la souveraineté industrielle de notre territoire qui sont en jeu », détaille-t-il.
Europlasma » doit rendre des comptes «
Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie reconnait « une situation préoccupante » et souligne qu’Europlasma « n’a pas tenu les engagements financiers et industriels pris lors de la reprise. Les apports annoncés et les investissements promis sont restés très inférieurs à ce qui avait été présenté devant le tribunal« .
« A quelques jours du paiement des salaires, les dirigeants et les actionnaires d’Europlasma, responsables de cette situation, doivent rendre des comptes« , assène le ministre.
Patrick BELLITY
Ancien PDG du Groupe Arche – Senior Advisor – Conseil en Restructurations industrielles – Operating Partner – Administrateur indépendant
IL FAUT MOUILLER LE MAILLOT
Ce n’est pas la première fois que ce député monte au créneau pour défendre une fonderie de sa région.
Loin s’en faut, il a pris la tête du combat dès le début et porte l’avenir de cette fonderie (ancienne filiale de Renault) comme on porte une louche d’aluminium avant la coulée, c’est à dire avec la conviction que l’on doit faire une pièce bonne.
Depuis des mois de réunion en réunion il s’active pour que cette fonderie puisse vivre et donner du travail à ses salariés quels que soient les actionnaires qui se succèdent et ils ont été nombreux.
Je lui rend hommage dans son combat si difficile et quelle qu’en soit l’issue il aura mouillé le maillot.
Ils ne sont pas légions dans son cas, pas très courageux nos députés pour prendre des coups.
C’est sympa de se faire prendre en photo avec un ministre qui vient inaugurer une gigafactorie à grands coups de subventions, c’est moins drôle de se faire flasher entre les pneus qui brûlent et les ouvriers qui vous crient leur désespoir à la figure devant leur usine qui ferme.
J’exagère évidemment comme toujours, je force le trait pour faire réagir, il y en a qui se battent mais ils ne sont pas la majorité de nos 577 représentants.
Si le sauvetage de nos entreprises industrielles devenait une cause nationale, si la recherche de solutions pérennes devenait l’ordre du jour prioritaire des débats à l’assemblée, si au lieu de légiférer sur la surface des choses ils s’attaquaient à l’essentiel, alors peut être que le pays se porterait mieux et beaucoup des 70000 défaillances auraient pu être évitées en 2025.
Il faut vraiment que nos députés mouillent le maillot pas simplement pour parler de la canicule mais pour parler des boites en difficulté dans leur circonscription et comment on peut les sauver.
Il doit bien y avoir des budgets à regarder qui permettent d’alléger les charges des entreprises pour les rendre compétitives, non
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Jean-francois Scavio Profil Vérifié 1er
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Mouiller le maillot est indispensable, alors bravo à celles et ceux qui ne lâchent rien pour éviter de connaître le même sort que de très belles entreprises comme les Fonderies du Poitou ou la Fonderie du Jura qui étaient des références.
Mais pour trouver des solutions durables, il faut avant tout comprendre le terrain, écouter les dirigeants, les salariés et les clients, analyser les causes des difficultés et construire des actions adaptées. On ne peut pas tout connaître, mais on peut toujours apprendre en allant voir sur le terrain.
Le plus important reste la volonté de s’impliquer. Défendre l’industrie ne devrait pas être un sujet qui revient uniquement lors des crises ou des échéances électorales, mais un engagement de long terme.
Notre industrie a besoin de décisions, de constance et d’actions concrètes.
SOUVERAINETÉ SOUVERAINETÉ CHÉRIE
J’ai visité pour la première fois cette fonderie en 1983.
Elle faisait partie du dispositif de fonderies que Renault avait mis en place pour ses fournitures de pièces mécaniques.
J’étais jeune ingénieur aux Fonderies du Poitou à l’époque et nous avions organisé des rencontres périodiques entre ingénieurs des fonderies de Renault pour partager les bonnes pratiques de nos métiers.
On échangeait nos solutions pour la fusion, le moulage, le noyautage et bien d’autres petits trucs que l’expérience de l’atelier nous avait appris.
c’était une époque bénie pour la fonderie française, elle innovait constamment, elle allégeait les voitures, elle gagnait en productivité en automatisant ses process, elle exportait dans le monde, elle tenait la dragée haute à ses compétiteurs allemands ou italiens.
Les constructeurs allemands jaloux de nos savoir-faire venaient faire développer chez nous leurs pièces de moteur les plus complexes à l’image de Porsche, Daimler, Audi ou AMG.
Et puis un grain de sable est venu enrayer cette belle mécanique.
Et puis une montagne de grains de sable sont venus ensevelir nos fonderies.
Une succession de décisions malheureuses à l’image des 35h est venue accabler notre compétitivité.
De compétiteurs brillants et agiles nous sommes progressivement devenus lourds et engourdis par des codes et des normes qui nous ont entravé comme une toile d’araignée piège une mouche.
Les prédateurs n’avaient plus qu’à se délecter des morceaux de choix que nous étions.
Fonderie de Bretagne n’a pas échappé à cette sombre décadence.
Passée entre trop de mains, elle est encore debout mais exsangue.
Souveraineté souveraineté chérie entend-on à tout va.
Sans fonderies la France en est réduite à tout importer, de la moindre vis au bloc moteur.
De grands producteurs nous sommes devenus grands consommateurs et notre balance commerciale indique le fond.
Il faut tout réinventer de fond en comble.
La première chose à faire consisterait à retirer au pouvoir politique la conduite de l’avenir industriel de la France.
Il faut du temps long et du courage, ce sont des choses que les industriels maîtrisent.
Bon courage aux FDB qui vont revivre des moments difficiles.
PATRICK BELLITY
Les élus se disent « convaincus que l’avenir de la Fonderie de Bretagne existe, notamment par la poursuite de sa diversification vers le secteur de la Défense, où ses savoir-faire trouvent toute leur pertinence. Cet outil industriel, vieux de près de soixante ans, demeure un atout pour le territoire et pour la souveraineté industrielle du pays ».
