
Photo Lib/Alain Wicht Treyvaux,le 9.5.2016
Visites, démonstrations, coulée de cloches et animations. La Sellerie Fonderie Roulin fête ses 60 ans à Treyvaux
Fondée en 1966, la Sellerie Fonderie Roulin fête ce cap du 7 au 10 mai en ouvrant ses ateliers au public. Au menu démonstrations, coulée de cloches et animations musicales.
Le bâtiment à l’entrée discrète évoquerait plutôt une maison familiale. S’il s’agit d’une entreprise, celle-ci incarne une véritable histoire de famille: celle de la Sellerie Fonderie Roulin de Treyvaux. Une passion transmise sur trois générations, qui s’épanouit depuis 60 ans. Pour marquer ce cap, diverses animations auront lieu sur place du 7 au 10 mai.
A la tête de l’entreprise, Yvan Roulin, 57 ans, explique avoir repris en 2009 cette structure familiale fondée par son père en 1966. Et ce sont ses filles Lucie et Amélie qui gèrent l’accueil, l’administration et les finances. Leur maman Nathalie, les épaule. Tandis que Monique et Sophie, sœur et nièce d’Yvan, œuvrent à l’atelier en broderie.
A l’entrée, des cloches en bronze de toutes tailles aux courroies richement brodées, posent sur les étagères. «Des clochettes pour chèvres aux cloches pour le bétail, toutes sont réalisées ici», souligne avec fierté Yvan Roulin.
Une des dernières
«Notre fonderie est l’une des dernières du canton voire de Suisse romande, spécialisée dans les cloches à bétail», assure le patron, précisant que plus de 1200 pièces y sont produites par an, destinées à cet usage. Les autres sont principalement écoulées pour des cadeaux ou des prix souvenirs. Les cloches sont coulées dans la fonderie au sous-sol du bâtiment, faites d’un alliage de 80% de cuivre et 20% d’étain. Leurs courroies sont également brodées sur place: «Notre activité principale reste à 75% le travail du cuir; le reste est assuré par la fonderie.»
C’est d’ailleurs par le cuir qu’a débuté l’histoire de l’entreprise, relate son fondateur Pierre Roulin, 80 ans. Toujours actif en ces murs, «Pierrot» s’est mis récemment encore à la soudure, confectionnant les boucles servant à suspendre les cloches: «J’ai commencé par le cuir, je finis avec le métal», sourit-il.
En 1966, il tient en effet un atelier de cordonnerie-sellerie à Treyvaux. Secondé dès 1968 par sa femme Myriam, le duo se spécialise dans la production et la broderie des courroies de cloches. En 1986, Pierrot rachète avec son neveu Jean-Louis Sciboz la fonderie Albertano, créée au XIXe siècle à Bulle. Après un apprentissage de fromager, Yvan Roulin rejoint l’entreprise en 1988, sa sœur y travaillant déjà. Dès 1991, sellerie et fonderie sont réunies sous le même toit à Treyvaux.
« Le métier a peu changé. Mais c’est justement ce qui fait notre force: le maintien des traditions »
«Le métier a peu changé: la façon de couler les cloches ou confectionner les courroies reste la même», remarque Pierrot. «Mais c’est ce qui fait notre force: le maintien des traditions», estime son fils. Et de glisser en riant qu’il veut bien changer la couleur de certaines broderies «mais en rose, jamais! Le but est de perpétuer la ligne».
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Trois artistes peignent les animaux ou figures du cru ornant les courroies dont les broderies sont aussi cousues main, personnalisant les cloches à l’envie. Dans l’atelier, Monique et Sophie, artisanes du cuir et du textile, sont à l’œuvre. Martin, 2 ans, suit fasciné les gestes de sa maman Sophie. Ce travail exige en effet patience et minutie: «Cela sort parfait… Ou ne sort simplement pas! Il n’y a pas de marge d’erreur», lance l’intéressée en piquant le cuir. L’exercice requiert aussi de la vigueur: «Avec les renforts, c’est parfois plus d’un centimètre et demi à percer!» Selon la complexité du motif, la réalisation d’une courroie peut représenter 120 heures de travail, selon le duo. Sans compter les ornements secondaires, tels ces pompons en cuir. Mais le labeur en vaut la peine, à entendre Pierrot: «De telles courroies peuvent tenir deux siècles! C’est une façon de laisser une trace. Comme ces anciennes cloches décorées par des artisans depuis décédés, dont on reconnaît le style de loin.»
Et selon Yvan Roulin, la demande est là. La clientèle vient «de toute la Suisse romande et d’une partie du Saanenland, jusqu’au Jura français». La structure compte 7 postes à plein temps et une apprentie. Après le Covid, les commandes ont bien repris.
Commandes spéciales
Ces commandes sortent parfois de l’ordinaire: l’entreprise a notamment produit «800 clochettes en 2008 pour l’Eurofoot avec les écussons de chaque ville où l’Euro a été organisé». En 2011, une cloche a été fabriquée pour le mariage… du prince Albert II de Monaco, offerte par un ex-camarade de classe habitant Gstaad. Et, en 2025, «une autre a été créée pour David Beckham! Une marque suisse nous l’a commandée pour ses 50 ans.»
Mais s’il y voit une forme de reconnaissance appréciable, Yvan Roulin relève qu’au final «les cloches qui nous font le plus plaisir sont celles que l’on voit au cou d’une vache! Ne serait-ce qu’une fois pour une désalpe.»
Au sous-sol, deux employés s’activent justement à la fonderie. «Cela fait parfois 60 kg à porter! C’est bien de s’y mettre à deux.» L’alliage est chauffé jusqu’à 1200 degrés. Puis coulé dans des moules en sable d’argile cerclés de métal. «L’argile, du Jura, ne doit être ni trop humide car il bouillonne lorsqu’on y verse le métal, ni trop sec pour que les inscriptions prennent bien», glisse Yvan Roulin.
Les pièces d’un diamètre de 6 à 30 centimètres pèsent jusqu’à 7 kg. Et un nouveau modèle de 2 kilos vient d’être fabriqué en l’honneur des 60 ans de l’entreprise, avec l’inscription «1966-2026». Une façon de graver l’avenir dans le bronze…
- Les 60 ans de la Sellerie Fonderie Roulin, Treyvaux, route du Barrage 19. Du 7 au 10 mai, dès 10 h: visites d’ateliers, démonstrations, coulée de cloches et animations musicales (cloches-roulin.ch/60 ans).



