La fonderie et Piwi

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Par : piwi
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vendredi 18 Fév, 2022
Catégorie : Emploi

Les équipementiers et sous-traitants automobiles au bord du gouffre

L’ARGUS

Equipementiers sous-traitants automobiles Sans repreneur, l’usine Benteler de Migennes dans l’Yonne fermera ses portes d’ici fin 2022. 420 salariés sont concernés.

Délocalisations, transition énergétique, pénuries et ralentissements de production… Les difficultés s’accumulent dans l’industrie automobile au point que les fermetures se multiplient chez les sous-traitants automobiles. Leur salut éventuel ? La diversification et plus encore la transformation.

Évidemment, ce n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, les fermetures d’usines de pièces automobiles se succèdent en France et défraient la chronique. Souvent « réservées » aux manufacturiers (Michelin, Goodyear, Continental), ces fermetures gagnent désormais plus systématiquement tous les types de sous-traitants automobiles.

Selon le cabinet Trendeo, entre 2009 et 2019, 50 778 emplois du secteur automobile ont été perdus en France. Et la crise n’a rien arrangé.

Equipementiers automobile fermeture

En cessation d’activité faute de repreneur, la fonderie SAM, sous-traitant de Renault, cristallise également la difficulté dans laquelle se trouvent certains territoires ultra fragilisés par les restructurations d’entreprises. En l’occurrence ici, l’Aveyron.

Depuis début 2021, c’est l’hécatombe. Fin novembre, Mahle annonçait vouloir fermer en avril 2022 son usine de fabrication de coussinets située à Chavanod (Haute-Savoie) afin de délocaliser sa production en Slovaquie. Bilan : 108 personnes sur le carreau.

Dans le même temps, un autre équipementier allemand, Benteler, annonçait une fermeture d’usine à Migennes (Yonne) d’ici fin 2022. 420 salariés sont concernés.

Plus tôt dans l’année, l’américain BorgWarner fermait son usine d’Eyrein en Corrèze (368 salariés) tandis qu’un plan de suppression de 143 postes est en cours à Blois (Loir-et-Cher).

Bosch va supprimer 750 emplois à Rodez en Aveyron, où la fonderie SAM (340 salariés) vit ses heures les plus sombres. Sans compter les fermetures de MBF Aluminium à Saint-Claude dans le Jura (260 salariés) ou encore de la Fonderie du Poitou Fonte à Ingrandes-sur-Vienne (288 salariés)… L’année dernière, 2 865 emplois ont ainsi été supprimés chez les sous-traitants automobiles. Du jamais vu depuis la crise de 2009 !

Pas de place pour tout le monde
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La faute :__

aux délocalisations des constructeurs ces 15 dernières années, puis leurs équipementiers qui les ont finalement suivis.

à la crise sanitaire qui a entraîné une chute vertigineuse du nombre de véhicules neufs vendus, passant de quelque 2,2 millions en 2019 à 1,66 million en 2021.

à une transition énergétique trop rapide que certains peinent à suivre. La faute, en somme, à un empilement de mauvaises nouvelles et de conséquences conjoncturelles.

Si les récentes annonces de Renault et Stellantis visant à garder dans le giron français l’industrialisation de produits à « haute valeur ajoutée », électriques évidemment, donnent à voir une oasis dans le désert, elles ne sauveront pas l’ensemble des emplois de la filière.

Selon une étude sur l’impact de la transition écologique pour l’industrie automobile, PFA et AlixPartners estiment que si, à l’horizon 2030, 70 % du parc est composé de véhicules électriques à batteries et d’hybrides rechargeables – scénario le plus approchant de l’objectif du paquet climat « Fit for 55 » –, la filière automobile française perdrait 52 000 emplois, dont 20 000 chez les sous-traitants.

En cause, selon l’étude : « 70 % de la production de e-powertrain semble fermée aux fournisseurs actuels de la filière française. Et plus on va vite vers la transition, plus le risque d’aller sourcer des composants dans des pays à bas coûts augmente. Potentiellement, 20 % de la valeur des composants pourraient être délocalisés ».

Sans compter que la production d’un véhicule électrique nécessite moins de fournisseurs.

Ainsi les sous-traitants spécialisés dans le décolletage-usinage, le traitement des métaux, le caoutchouc, la fonderie fonte, ou encore l’emboutissage seront-ils les plus impactés par cette course à l’électrification, avec des baisses d’activité estimées, selon les différents scenarii envisagés par AlixPartners et la PFA, entre – 20 et – 70 %.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a beau appeler de ses vœux l’industrie à maintenir en France les emplois où il y a une forte valeur ajoutée ; le Gouvernement a beau avoir mis en place un fonds de soutien à la diversification des sous-traitants de la filière automobile doté de quelque 300 millions d’euros…, il n’y aura pas de place pour tout le monde.

France 2030. 400 millions d’euros d’aides pour l’automobile

Des sous-traitants encore dans le déni

Patrick Thollin, président du Conseil de surveillance de la société familiale EFI Automotive et membre de la FIEV
sait mieux que personne de quoi il retourne. Sa mission au sein de la PFA : sensibiliser les sous-traitants de rang 2 et 3 de la filière automobile pour les engager à entamer des transformations.

« Mon premier constat, c’est que beaucoup sont encore dans le déni et ne croient pas que le moteur thermique sera supprimé à l’horizon 2035.

Ensuite, ce qui est préconisé en termes de diversification, c’est de s’orienter vers d’autres filières pour y appliquer nos compétences. Mais la difficulté, c’est que le réseau commercial est spécifique à chaque filière.

Moralité, il ne s’agit plus seulement de diversification, voire d’adaptabilité, mais de transformation pure et simple de l’activité.

Autre voie d’exploration possible : identifier les nouveaux besoins liés à la multiplication des véhicules électroniques pour s’y développer. La PFA en identifie 3 principaux : la sous-filière électro-chimie des cellules batterie, les systèmes Fuel Cells et la sous-filière bornes de recharge VE et leur installation.

Se diversifier, voire se réinventer

Des activités qui permettraient aux sous-traitants dont le métier est déjà proche, de profiter des nouvelles opportunités offertes par l’électrification des véhicules et qui permettraient aussi d’effectuer des transferts de compétences d’une activité à l’autre.*

Patrick Thollin voit encore plus loin : « Dans notre domaine, nous parlons désormais beaucoup de mobilité, et plus seulement de véhicules. Il est donc tout à fait imaginable que certains sous-traitants s’orientent vers ces nouvelles mobilités. Le vélo, par exemple, peut être une voie de diversification pour les fonderies qui ne feraient plus de la fonte, mais de l’aluminium… ».  » (PIWI ???)

 »Reste qu’il va falloir fabriquer des nouvelles pièces et faire fondre des tonnes d’aluminium pour compenser les pertes engendrées par l’arrêt des motorisations thermiques. En effet, aujourd’hui, les sous-filières les plus à risque ne tirent pas moins de 46 % (soit environ 9 milliards d’euros) de leurs chiffres d’affaires du secteur automobile français. Abyssal.

Equipementiers sous-traitants automobiles bord du gouffre


La part de l’automobile dans le chiffre d’affaires des sous-traitants « à risque ».

Une relocalisation difficilement imaginable

Quant à créer de nouveaux emplois en relocalisant la production de l’ensemble des véhicules électriques sur le territoire, nul n’y croit. Et pour cause : l’étude d’impact d’AlixPartners prévoit, dans son scenario de référence, deux phénomènes qui, a priori, ne font pas bon ménage.

D’un côté, une baisse de 10 % des volumes de production de véhicules en Europe d’ici 2030, notamment due aux nouveaux modes de consommation de mobilité.

De l’autre, un surcoût des composants s’élevant à 1 535 euros par véhicule. Moralité : « Relocaliser les compétences pour favoriser les nouvelles technologies, oui, bien sûr, il faut le faire. Mais la production, malheureusement, restera difficile à faire revenir en France. Il faudra davantage robotiser nos sites de production. Il y a également déjà tellement d’acteurs qui travaillent sur les produits liés au véhicule électrique que la compétition est très âpre. Pour la France, réussir à être compétitive elle aussi dans ce domaine est un grand défi », estime Patrick Thollin.

Sortir des sentiers battus

La marche est tellement haute que, vue d’ici, elle semble infranchissable.

Pourtant, gageons que certains tireront leur épingle du jeu. « Ceux qui réussiront sont ceux qui accepteront de se remettre en cause et qui ont la conviction qu’ils peuvent se diversifier, aller explorer d’autres opportunités de business. Et c’est en cela que le plan d’accompagnement du Gouvernement est le bienvenu. Le tout est d’aller chercher ces aides et de sortir de tous les préjugés qui peuvent émerger lors de ce type de transformation. Il n’y a pas de réponse unique. Mais certains ont déjà su adapter leurs compétences, créer des filiales ad hoc pour aller chercher des affaires dans d’autres domaines.

Donc c’est possible », conclut Patrick Thollin. __Une lueur d’espoir, en somme, qui ne doit pas céder sa place au découragement.
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