Les Forges de Tarbes mises en demeure : la seule usine française qui fabrique les corps d’obus des canons Caesar risque de devoir arrêter ses machines sur ordre de l’État
Les Forges de Tarbes doivent « régulariser leur situation » concernant certains de leurs équipements d’ici la fin de l’année sous peine de sanctions, selon un arrêté préfectoral.
Nouveau coup dur pour les Forges de Tarbes dont les difficultés ne manquent pas ces derniers mois. La préfecture des Hautes-Pyrénées ordonne à l’entreprise, la seule à fabriquer des corps d’obus de 155 mm en France, de « régulariser sa situation au regard de la réglementation applicable aux équipements sous pression » d’ici la fin de l’année. Cette mise aux normes exigée par la préfecture concerne des pièces permettant de mettre en mouvement les presses qui forgent les corps d’obus d’après la préfecture.
Ces équipements sous pression sont soumis à une réglementation spécifique que ne respectaient pas certains d’entre eux lors d’une visite d’inspection réalisée le 9 juillet dernier. Lors de celle-ci, les inspecteurs ont constaté que « cinq équipements permettant d’actionner les presses hydrauliques sont en retard de requalification et neuf supplémentaires le seront mi-août », selon le rapport.
« Tous les équipements sous pression exploités par les Forges de Tarbes devront être à jour des opérations de contrôle (…) à la date du 31 décembre 2026, ou à défaut être mis à l’arrêt à cette échéance », détaillent les autorités via un arrêté publié ce lundi 12 octobre.
Des « sanctions » si rien n’est fait
Il est donc possible que la production soit arrêtée durant le mois de janvier pour cette mise en conformité. Cela avait déjà été le cas entre mi-août et mi-septembre. Si rien n’est fait, l’entreprise s’expose à des sanctions. La préfecture des Hautes-Pyrénées prévient que « l’exploitation » de ces équipements « ne pourra reprendre qu’à l’issue de leur requalification périodique concluante sous la supervision d’un organisme habilité ». Si cela n’est pas le cas, les autorités menacent « de sanctions administratives (…) indépendamment de poursuites pénales qui pourraient être engagées à l’encontre de l’exploitant ».
Les Forges de Tarbes connaissent de nombreuses difficultés depuis plusieurs mois. Début octobre, des salariés se désolaient auprès de BFM Business de l’état de leur outil de production. « On est dans une usine où le matériel est en bout de vie, c’est très compliqué de les faire fonctionner. On se débrouille alors qu’on est soi-disant une usine stratégique. On a des machines très anciennes, obsolètes, qui méritent d’être remises à jour », racontait l’un d’eux.
Le stock de matières premières ou encore la trésorerie de l’entreprise constituent aussi des motifs d’inquiétudes parmi la soixantaine d’employés des Forges de Tarbes. Lorsqu’elle était au bord de la liquidation judiciaire, l’usine est tombée en 2021 dans le giron d’Europlasma. Ce groupe s’est spécialisé dans la reprise d’usines en difficulté en France, comme Valdunes ou Fonderie de Bretagne, récemment placée en liquidation judiciaire faute de repreneur.

