« C’est un gâchis monumental » : la rage des salariés de la Fonderie de Bretagne alors qu’aucune offre de reprise n’est retenue
Ce mardi 13 octobre 2026, c’est « un véritable coup de massue » qu’ont reçu les salariés de la Fonderie de Bretagne. Ils ont appris qu’aucune offre de reprise n’avait été déposée auprès de l’administrateur judiciaire. La deadline était fixée à ce lundi minuit. Pour eux, c’est la fin annoncée de l’entreprise avec la liquidation judiciaire qui se profile.
« Aucune offre n’a été déposée auprès de l’administrateur judiciaire. Sauf retournement de dernière minute, le tribunal devrait donc prononcer jeudi la liquidation judiciaire ». C’est en ces termes que le député (Groupe Ecologiste et Social) de la 5e circonscription du Morbihan a annoncé dans un communiqué que l’avenir de l’usine de Caudan n’avait jamais été autant menacé.
Le tribunal de commerce statuera ce jeudi 15 octobre et devrait annoncer la liquidation judiciaire de l’entreprise.
Le sort des 244 salariés de la Fonderie de Bretagne semble malheureusement scellé.
Des salariés « dépités, dégoûtés »
Ce mardi matin, sur le site de la Fonderie, lors d’un CSE (comité social et économique) extraordinaire, l’administrateur judiciaire a indiqué aux syndicats qu’un repreneur avait déposé un dossier mais « pas crédible ».
Près de 120 salariés se sont ensuite réunis en assemblée générale. « Le peu de ce qui reste de la direction, nous explique Eric Guyomard, représentant CGT, est venu à notre demande expliquer qu’il n’y avait pas de repreneur et que l’administrateur annoncerait l’étape suivante, la liquidation judiciaire ce jeudi au tribunal de commerce de Lorient ».
Le sentiment qui règne auprès des salariés ? C’est la rage, la haine, les gars sont dépités, dégoûtés…
Eric Guyomard,
représentant CGT, Fonderie de Bretagne
L’élu syndical ne cache pas son amertume à l’annonce de cette nouvelle : « Le sentiment qui règne auprès des salariés ? C’est la rage, la haine, les gars sont dépités, dégoûtés… Ça nous fout les boules ».
L’élu CGT lâche aussi son écœurement face à la situation : « C’est un gâchis monumental. Cette usine maintenant, c’est un avion de chasse. Avec 150 millions d’euros investis ces dernières années, elle est moderne. Et au résultat, tout ça va sans doute partir à la découpe. C’est vraiment un gâchis ».
Renault, une nouvelle fois pointé du doigt
Selon Eric Guyomard, pas de doute pour les salariés, le responsable de ce « monumental gâchis », c’est le constructeur automobile Renault : « C’est lui qui nous a balancés à la mer sans bouée de sauvetage ». Et d’ajouter « et je ne parle pas de l’Etat qui est l’actionnaire principal de Renault ».
Selon le député Damien Girard, un potentiel repreneur avait conditionné son offre à l’engagement de Renault sur un volume de commandes pour l’industrie automobile. Une information reprise par Eric Blanchier, élu CGT, qui précise à l’AFP que cet « industriel européen », dont le nom n’a pas été dévoilé, avait besoin d’un délai de 14 à 15 mois pour « apporter des volumes de production » suffisants à Fonderie de Bretagne. Ce mardi matin sur franceinfo, François Provost, directeur général de Renault Group a précisé « qu’il n’y a plus de débouchés industriels automobiles. Il y a deux ans, le projet de reprise semblait intéressant car il prévoyait une reconversion vers la défense« . En 2025, Europlasma avait été choisi comme repreneur pour fabriquer des obus mais l’usine avait connu un incendie en janvier 2026 puis avait été placée en redressement judiciaire pour cessation de paiements en juillet 2026.
« Je suis triste de voir que, visiblement, ce plan de reprise et cette diversification semblent ne pas avoir fonctionné » a précisé François Provost sur franceinfo. Relancé pour savoir si 250 salariés allaient prochainement perdre leur emploi, François Provost a ajouté : « Malheureusement, je suis bien désolé. Le plan de diversification semblait sérieux, nous l’avions soutenu« .
Gouvernement et Région au chevet des salariés
À l’annonce de la nouvelle, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie a voulu réaffirmer l’engagement de l’Etat : « La mobilisation de l’Etat a été totale (…) pour identifier des repreneurs industriels sérieux. Encore ces derniers jours, j’ai tenté de convaincre un groupe industriel intéressé de confirmer son offre, en lui proposant un soutien financier de l’Etat pour l’aider à la reprise. Malgré ces efforts, il n’a pas souhaité confirmer son offre ».
Comme si la liquidation était déjà actée, le ministre parle déjà d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi : « J’entends l’inquiétude légitime des salariés et je serai particulièrement vigilant à ce que le PSE leur soit favorable. Des instructions seront données à la préfecture du Morbihan pour qu’un accompagnement spécifique soit mis en place aidant à la reprise des salariés dans ce bassin d’emploi dynamique ».
De son côté, le Conseil régional a communiqué, soulignant les efforts des salariés : « Nous mesurons ce que cette nouvelle représente pour eux et pour leurs familles, après des années d’incertitude et des mois d’une attente éprouvante (…) Nous voulons dire notre reconnaissance aux salariés ». Avant d’ajouter « Avec les services de l’État, nous resterons au plus près de chaque salarié, pour l’accompagnement, la formation et le retour à l’emploi. Nous veillerons à ce que chacun prenne toute sa part dans cette étape. Et nous travaillerons à ce que ce site, qui porte soixante ans d’histoire industrielle du pays de Lorient, conserve une vocation industrielle ».
Un nouveau CSE est prévu ce mercredi matin à 8h30 pour « nous détailler les procédures à venir » d’après Eric Guyomard le représentant CGT. Rendez-vous est donné aux salariés à 14h ce jeudi 15 octobre devant le tribunal de commerce de Lorient.

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