On oppose tout le monde… alors qu’on est dans le même bateau.
35 heures, 1er mai, travail : et si on arrêtait de tout opposer ?
35h.
1er mai.
Travail.
Pouvoir d’achat.
Réindustrialisation.
Respect.
On pourrait croire que ce sont des sujets séparés.
Je pense que non.
Je pense qu’ils racontent tous la même chose : notre difficulté collective à parler du travail sans tomber dans l’opposition permanente.
D’un côté les patrons.
De l’autre les salariés.
D’un côté ceux qui veulent travailler plus.
De l’autre ceux qui veulent préserver leur temps.
D’un côté ceux qui parlent compétitivité.
De l’autre ceux qui parlent conditions de vie.
Et au milieu ?
L’humain.
Celui qu’on oublie trop souvent.
Faut-il travailler le 1er mai ?
Faut-il revoir les 35 heures ?
Faut-il travailler plus ?
👉 Les positions sont tranchées.
Trop tranchées.
Travailler le 1er mai : sur le papier, pourquoi pas
Travailler le 1er mai ?
Pourquoi pas.
Après tout, si c’est basé sur le volontariat, on peut entendre l’argument.
Pour un indépendant, le sujet est même assez simple.
Il travaille s’il veut.
Il s’arrête s’il veut.
Il décide pour lui-même.
C’est sa liberté.
C’est aussi sa responsabilité.
Mais quand il y a des salariés, la question devient tout de suite plus délicate.
Parce que dans la vraie vie, le volontariat n’est pas toujours aussi pur qu’on aimerait le croire.
Un salarié peut dire oui parce qu’il en a envie.
Mais il peut aussi dire oui parce qu’il se sent obligé.
Parce qu’un collègue accepte.
Parce qu’il ne veut pas être mal vu.
Parce qu’il pense que le patron retiendra le nom de ceux qui ont répondu présent.
Je ne dis pas que c’est bien.
Je ne dis pas que c’est mal.
Je dis que c’est humain.
Et dans notre société, où l’individualisme prend de plus en plus de place, il faut être lucide : la pression sociale existe.
Elle existe dans les ateliers.
Elle existe dans les bureaux.
Elle existe dans les entreprises.
Faire comme si elle n’existait pas, c’est passer à côté du monde réel.
Les 35 heures : un débat trop simplifié… faut-il revoir le système ?
Faut-il revoir les 35 heures ?
Probablement.
Mais pas à sens unique.
Je pense qu’on peut ouvrir le débat sur les 35h sans tomber dans la caricature.
Oui, certaines personnes veulent travailler plus.
Parce qu’elles ont besoin d’argent.
Parce qu’elles ont un projet.
Parce qu’elles veulent acheter une maison.
Parce qu’elles veulent investir.
Parce qu’elles sont à une étape de leur vie où travailler davantage a du sens.
Pourquoi les empêcher ?
Mais l’inverse est vrai aussi.
Certaines personnes veulent du temps.
Du temps pour leurs enfants.
Du temps pour leurs proches.
Du temps pour souffler.
Du temps pour s’engager dans une association.
Du temps pour vivre autrement.
Du temps pour dépenser ce qu’ils ont gagné
Pourquoi les contraindre ou les mépriser ?
La vie n’est pas binaire. Elle n’est pas noire ou blanche.
À 25 ans, on peut vouloir gagner plus.
À 40 ans, on peut vouloir être plus présent pour sa famille.
À 55 ans, on peut vouloir lever le pied.
Et parfois, c’est l’inverse.
Nos priorités changent.
Donc la vraie question n’est peut-être pas : “faut-il travailler plus ou moins ?”
La vraie question est : comment permet-on plus de liberté, sans créer plus d’injustice et que tout le monde puisse vivre de son travail et de son salaire?
Le vrai problème : l’opposition permanente
Ce qui me dérange le plus dans ces débats, ce n’est pas qu’on ne soit pas d’accord.
Heureusement qu’on n’est pas tous d’accord.
Ce qui me dérange, c’est qu’on essaie systématiquement d’opposer les gens.
· Patrons contre salariés.
· Ouvriers contre dirigeants.
· Public contre privé.
· Ceux qui travaillent beaucoup contre ceux qui veulent du temps.
· Ceux qui gagnent bien leur vie contre ceux qui galèrent.
· travail vs vie personnelle
· temps vs argent
On a l’impression qu’il faut toujours choisir un camp.
Je refuse cette logique.
La réalité est beaucoup plus simple :
👉 nous sommes dans le même bateau.
Parce que dans une entreprise, tout le monde est lié.
Pas d’entreprise, pas de salarié.
Pas de salarié, pas d’entreprise.
C’est aussi simple que ça.
Un dirigeant seul ne va pas loin.
Une équipe sans cap non plus.
Il faut des entrepreneurs qui prennent des risques.
Il faut des salariés qui s’engagent.
Il faut des ouvriers qui savent faire.
Il faut des managers qui respectent.
Il faut des dirigeants qui écoutent.
Et tout ce monde doit travailler ensemble.
Dans le respect.
Il y a des bons et des mauvais partout
Comment le dire simplement.
Il y a des bons patrons… Et il y a des mauvais patrons.
Il y a des bons salariés… Et il y a des mauvais salariés.
Il y a des bons ouvriers… Et il y a des mauvais ouvriers.
Des bons politiques… Des mauvais politiques.
Des bons policiers… Des mauvais policiers.
Et il a y aussi des bons chasseurs, et des mauvais chasseurs. Et vous connaissez la différence entre les deux.
Bref.
Il y a de tout partout.
Le problème, c’est quand on fait d’un mauvais exemple une généralité.
Un patron abuse ? Alors tous les patrons seraient des exploiteurs.
Un salarié profite ? Alors tous les salariés seraient des fainéants.
C’est absurde.
Et surtout, ça ne fait rien avancer.
La nuance, ce n’est pas de la faiblesse.
La nuance, c’est souvent ce qui manque dans les débats.
La tolérance, ce n’est pas juste accepter ceux qui pensent comme nous
Chacun voit la vie avec ses repères, son histoire, ses blessures, ses principes.
Un dirigeant qui a tout mis en jeu pour sauver son entreprise ne voit pas le travail de la même manière qu’un salarié qui a connu un mauvais manager.
Un ouvrier qui a vu son usine fermer ne voit pas l’industrie comme quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds dans un atelier.
Un indépendant qui travaille le dimanche ne voit pas le temps de la même façon qu’un salarié qui a besoin d’un cadre clair pour protéger sa vie personnelle.
Et c’est normal.
La tolérance, ce n’est pas être d’accord avec tout le monde.
C’est accepter que l’autre puisse avoir une logique différente de la nôtre.
C’est essayer de comprendre avant de juger.
Et ça, aujourd’hui, on l’a un peu perdu.
Assumer ses choix au lieu de jalouser ceux des autres
Il y a un autre sujet qui me semble important : la jalousie.
On jalouse celui qui gagne bien sa vie.
Mais on oublie parfois qu’il travaille 60 heures par semaine, qu’il dort mal, qu’il prend des risques, qu’il porte des responsabilités.
On jalouse celui qui a plus de temps libre.
Mais on oublie parfois qu’il a fait le choix d’un revenu plus faible, ou d’une autre forme de vie.
On veut les avantages des choix des autres, sans toujours accepter les contraintes qui vont avec.
Travailler beaucoup et gagner plus, c’est un choix.
Travailler moins et avoir plus de temps, c’est un choix.
Entreprendre, c’est un choix.
Être salarié, c’est un choix aussi.
Bien sûr, tout le monde ne part pas avec les mêmes cartes.
Bien sûr, tout n’est pas toujours juste.
Bien sûr, la réalité sociale existe.
Mais à un moment, nous devons aussi reprendre notre part de responsabilité.
Arrêter de vivre à travers la vie des autres.
Arrêter de commenter ceux qui font différemment.
Et assumer le chemin que nous choisissons.
Derrière tout ça, le vrai sujet est le pouvoir d’achat
Au fond, si ces débats reviennent aussi fort, c’est aussi parce que beaucoup de gens ont du mal à vivre correctement de leur travail.
Le sujet des 35h n’est pas seulement un sujet de temps.
C’est un sujet de pouvoir d’achat.
Quand on n’arrive plus à payer correctement son logement, son carburant, ses courses, ses charges, forcément la question du travail revient.
Faut-il travailler plus ?
Faut-il être mieux payé ?
Faut-il mieux répartir la valeur ?
Faut-il produire davantage en France ?
Je pense que le sujet est là.
On ne réglera pas durablement les tensions sociales avec des slogans.
On les réglera avec une économie réelle plus forte.
Et pour moi cela passera par la réindustrialisation.
Réindustrialiser, ce n’est pas un slogan
On parle beaucoup de souveraineté.
Mais la souveraineté, ce n’est pas juste un mot dans un discours.
C’est produire.
Former.
Transmettre.
Investir.
Protéger certains savoir-faire.
Redonner envie aux jeunes de travailler dans l’industrie.
J’avais déjà évoqué, de façon un peu décalée, l’idée d’un bon d’achat “Made in France”. (voir à la fin de cet article)
L’idée derrière était simple : si on veut défendre notre économie, il faut aussi orienter une partie de notre consommation vers ceux qui produisent ici.
Parce qu’on ne peut pas vouloir des emplois industriels en France et acheter systématiquement au moins cher ailleurs.
À un moment, il faut être cohérent.
Et oui, peut-être qu’un peu de protectionnisme serait bienvenu.
Surtout dans un monde où l’Europe ressemble parfois à une façade, où chacun défend sa paroisse, et où certains pays imposent leurs règles, leurs taxes, leurs normes, leurs rapports de force.
Je ne suis pas naïf.
Si nous voulons réindustrialiser, il faudra de la volonté politique, des entrepreneurs, des compétences, de la formation, de l’énergie, et du courage.
Ne sacrifions pas l’éducation
Et pour réindustrialiser demain, il faudra des compétences.
Donc il ne faut pas sacrifier l’éducation.
Pas seulement l’éducation “académique”.
L’éducation au sens large et dès le plus jeune âge. On ne peut plus accepter qu’un enfant arrive en 6ème sans savoir lire et sans les notions de bases en mathématiques.
Enseigner aussi et orienter sur :
Les métiers manuels.
Les filières techniques.
L’apprentissage.
Les écoles de production.
Les savoir-faire industriels.
La transmission entre générations.
On ne reconstruira pas une industrie sans femmes et hommes compétents.
Et on ne formera pas ces compétences si on continue à mépriser certains métiers.
Un pays qui ne respecte plus ceux qui produisent, ensignent et soignent est un pays qui se fragilise.
Il est plus simple de diviser que de rassembler
J’ai vraiment le sentiment qu’on fait tout pour opposer les points de vue.
C’est plus simple.
Un camp contre un autre.
Un slogan contre un slogan.
Une colère contre une autre colère.
Mais rassembler demande plus d’effort.
Il faut écouter.
Il faut accepter de ne pas avoir toujours raison.
Il faut confronter les idées sans mépriser les personnes.
Il faut faire son autocritique.
Et ça, personne n’aime trop le faire.
Moi le premier, je dois progresser là-dessus.
Mais je crois que c’est indispensable.
Parce que si chacun reste enfermé dans son camp, on ne construira rien.
Les initiatives locales ont un rôle énorme
C’est pour ça que je crois beaucoup aux initiatives locales, aux réseaux, aux groupes qui se créent.
Des dynamiques comme FFI Nord Franche-Comté Forces Françaises de l’Industrie et d’autres espaces permettent de rencontrer des gens de différents horizons.
Des dirigeants.
Des salariés.
Des indépendants.
Des élus.
Des industriels.
Des personnes engagées.
Et quand on discute vraiment, on se rend compte d’une chose :
les gens sont souvent moins caricaturaux que ce qu’on imagine.
Ils ont des contraintes.
Des peurs.
Des convictions.
Des contradictions aussi.
Comme nous tous.
Et c’est en confrontant les points de vue qu’on élargit son champ de vision.
Je pense que @Lionel Martin ne dira pas le contraire.
Le principal, c’est l’humain
Au final, le sujet n’est ni le 1er mai, ni les 35 heures.
ce débat dépasse largement la question du temps de travail.
Le vrai sujet, c’est l’humain.
Comment on travaille ensemble ?
Comment on respecte les choix de chacun ?
Comment on protège sans bloquer ?
Comment on libère sans écraser ?
Comment on produit sans déshumaniser ?
Je n’ai pas toutes les réponses.
Mais j’ai une conviction.
On ne reconstruira rien de solide en opposant les gens.
On reconstruira avec du respect, de la responsabilité, de la nuance, du travail, et une vraie ambition collective.
J’ai choisi ce que je voulais faire.
Contribuer à structurer des entreprises.
Défendre l’industrie.
Remettre du bon sens dans les organisations.
Garder l’humain au centre.
Et avancer.
Et vous ?
