Voiture électrique : BYD dame le pion à Tesla
Le constructeur chinois, premier fabricant mondial de véhicules électriques, a franchi la barre des 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024. BYD récolte les fruits de son agressivité tarifaire et technologique.
Voilà un beau cadeau d’anniversaire ! Trente ans après sa naissance à Shenzhen, BYD a dépassé pour la première fois, en 2024, la barre des 100 milliards de chiffre d’affaires, selon les derniers résultats annuels publiés ce lundi. Mieux, avec très exactement 107 milliards de dollars, le plus gros constructeur de véhicules électriques au monde (en part de marché) est repassé devant l’américain Tesla ( 97,7 milliards de dollars de revenus sur la même période). Là encore, c’est une première depuis 2018.
Le décalage entre BYD et Tesla est encore plus phénoménal en termes de croissance. Alors que le chiffre d’affaires de Tesla n’a progressé que de 1 % en 2024, celui de BYD a explosé de 29 % grâce à l’énorme marché chinois, où le groupe est numéro un avec presque un tiers du marché. En termes de profitabilité, Tesla reste certes loin devant, même si le constructeur d’Elon Musk est moins rentable qu’avant. Pour autant, BYD a réalisé l’année dernière un profit record équivalent à 5,55 milliards de dollars, en hausse… de 34 %.
Recharge complète en 5 minutes
Enfin, en termes d’unités vendues, les deux groupes restent au coude à coude, avec 1,76 million de véhicules 100 % électriques pour BYD dans le monde en 2024 et 1,78 million pour Tesla. Mais il est déjà arrivé que BYD double Tesla sur un trimestre, comme ce fut le cas fin 2023.
Au rythme actuel, Tesla pourrait donc perdre sa couronne en 2025, sachant que BYD espère vendre entre 5 et 6 millions de véhicules à « énergie nouvelle » cette année (la terminologie chinoise qui englobe les voitures 100 % électriques et les hybrides).
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Le groupe de Shenzhen, qui en 2003 n’était qu’un petit fabricant de batteries pour smartphones, récolte les fruits de son agressivité tarifaire et de son innovation technologique. Ces derniers mois, BYD, qui dispose d’une gamme très large contrairement à Tesla, a multiplié les promotions afin de soutenir ses ventes dans le contexte de ralentissement économique en Chine.
Cette guerre des prix, sur le marché hyperconcurrentiel des véhicules électriques, a été mortifère pour de nombreux petits constructeurs chinois qui n’ont pas pu répliquer et qui ont été contraint de licencier, voire de fermer boutique.
Mais c’est surtout sur le terrain de l’innovation que BYD entend jouer, et là aussi face à Tesla. Le groupe a fait sensation la semaine dernière en présentant une nouvelle technologie qui permet de recharger la batterie électrique des véhicules en seulement 5 minutes, leur donnant ainsi une autonomie de 400 kilomètres. Avec une puissance de charge de 1.000 kilowatts, cette « super e-plateform » serait deux fois plus rapide que les super-chargeurs de Tesla, selon l’agence Reuters. Pour le moment, seuls deux nouveaux modèles, les Sedans Han L et le SUV Tang L, en bénéficieront en Chine.
Un mois avant, le 11 février, BYD avait également annoncé qu’il intégrerait sans surcoût, son système d’aide à la conduite intelligente sur la quasi-totalité de ses modèles, même ceux à moins de 10.000 euros l’unité. Or, jusqu’à présent, son système baptisé « God’s Eye » était uniquement présent sur les modèles à plus de 30.000 euros.
« 2025 va être, pour la première fois, l’année de la conduite intelligente pour tous » avait alors proclamé Wang Chuanfu, le président du groupe, depuis le siège de Shenzhen dans le sud de la Chine, où sont également nés Huawei et Tencent.
Deuxième usine en Europe
Parallèlement, le groupe continue de s’étendre à l’international et notamment en Europe. Sur le Vieux Continent, BYD est encore un tout petit acteur, avec 50.000 véhicules immatriculés en 2024 (sur un marché de 3 millions). Pour cela, BYD songe à ouvrir une deuxième usine européenne, en plus de celle située en Hongrie qui doit démarrer sa production cette année.
Des sites qui lui permettent habilement de contourner les droits de douane imposés par Bruxelles sur tous les véhicules « made in China » qui arrivent en Europe. Cette stratégie de relocalisation entraînera toutefois un surcoût de 15 % à 30 % sur la production des modèles par rapport à la production en Chine.
Raphaël Balenieri (Correspondant à Shanghai)
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