Les visages sont fermés, le 20 octobre, parmi les ouvriers qui sortent de l’immense complexe métallurgique d’ArcelorMittal, dont les hauts-fourneaux s’étalent sur des kilomètres carrés. La conséquence d’un travail harassant après douze heures de service. Mais aussi de l’actualité. « Nous sommes en train de fermer l’usine, c’est tout ce que je peux vous dire », grommelle un des rares ouvriers à accepter d’interrompre sa marche déterminée. L’inquiétude est palpable dans la ville industrielle de Kryvy Rih, située à 350 kilomètres au sud de Kiev. Le 25 septembre, le site qui compte quelque 16 000 employés a annoncé être dans l’incapacité de maintenir ses activités à la suite de bombardements russes. Quatre jours plus tôt, une frappe a tué cinq ouvriers et fait 17 blessés.
ArcelorMittal, dont le siège est au Luxembourg, négocie avec le gouvernement ukrainien les modalités de sa fermeture. A Kryvy Rih, beaucoup craignent le licenciement massif de milliers d’employés. La peine est double pour les ouvriers : d’un côté, ces derniers perdront la « réservation » dont ils profitent en tant qu’employés travaillant dans une entreprise stratégique pour l’économie, et qui les dispensent d’être mobilisés dans l’armée. De l’autre, ils devront trouver un nouveau travail dans un secteur économique qui faisait jadis la fierté de l’Ukraine

