La fonderie et Piwi

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Par : piwi
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samedi 08 Oct, 2022
Catégorie : Technique

EDF, un géant écrasé par le doute

EXTRAITS d’un très long article LES ECHOS. Piwi a peut-être exagéré les raccourcis .

Nouveaux réacteurs nucléaires à construire, nouveau patron : l’avenir pourrait sembler radieux pour EDF. C’est compter sans la profonde crise de confiance qui accable le groupe.

Un PDG d’EDF en sursis, Jean-Bernard Lévy avec qui les relations se sont particulièrement détériorées

Regardez partout dans le monde. Certains pays ont totalement arrêté le nucléaire. Nous, on a fait le choix de ne jamais l’arrêter. C’est un déploiement, à marche forcée, d’une stratégie nucléaire », martèle le chef de l’Etat. Une stratégie relancée , dans la foulée de son discours de Belfort , avec la commande à EDF de six nouveaux réacteurs EPR et huit autres en option.

Malgré leurs dix années de développement, les pales blanches des 80 éoliennes de Saint-Nazaire se sont bel et bien mises à tourner à 15 km des côtes.
A 350 km plus au nord, au bout de la presqu’île du Cotentin, l’EPR de Flamanville, dont la construction a démarré en 2007, est toujours en chantier.

Signe de la crise profonde qui s’est emparée de l’un des plus prestigieux groupes industriels français.
Une crise qui s’est encore accentuée depuis l’annonce de la « renaissance » du nucléaire français, promise à Belfort.

La fin d’un très long hiver

un nouveau PDG, Luc Rémont, a été désigné , le groupe n’est plus que l’ombre de lui-même. Sa production nucléaire s’est effondrée et des pertes abyssales sont promises pour la fin de l’année . Pire encore pour le champion de l’atome qui s’enorgueillit de sa capacité à fournir aux Français de l’électricité sans faillir depuis 1946, ce contexte met en péril l’approvisionnement électrique national, en pleine crise du gaz russe.

Pour EDF, le premier exploitant de centrales nucléaires du monde, c’est la promesse de la fin d’un très long hiver qui a démarré en 2011 avec l’accident de Fukushima, . Aucune entreprise n’aurait pu rêver d’un tel carnet de commandes : à elle seule, la première salve des six réacteurs commandés par l’Etat assure des chantiers au moins jusqu’en 2044. Une épopée industrielle digne de l’exploit que les plus anciens ont en mémoire chez EDF : la construction de 58 réacteurs nucléaire français réalisée en à peine trente ans, entre 1970 et 1999. Mais le groupe est-il encore capable d’un tel exploit ?

« La première réaction que j’ai eue quand j’ai entendu Emmanuel Macron parler de six, huit, voire quatorze EPR : je me suis dit ‘p… , mais on n’est pas prêt !’ », Tels des grands brûlés, les salariés gardent cruellement en mémoire les déboires en série sur le chantier de l’EPR de Flamanville ou sur les réacteurs en construction à Hinkley Point , au Royaume-Uni.

« Ces projets sont d’une complexité extraordinaire, pour les réussir il faut une résilience, une abnégation sans faille et surtout une capacité à travailler collectivement. Or, cette dernière qualité n’est pas la plus développée chez EDF.

Le problème des soudures défectueuses sur les tuyaux de Flamanville , porté sur la place publique en est une illustration flagrante. Détectées dès 2013, ces malfaçons ne sont communiquées officiellement à l’Autorité de sûreté nucléaire qu’en 2017. Commentaire de la Cour des comptes : « Il n’y a pas eu de volonté de cacher l’écart mais un défaut de communication interne. »

EDF a-t-il encore le savoir-faire nécessaire ? Seize ans se sont écoulés entre le début de celui de Civaux 2 (le dernier réacteur démarré en France) et le premier coup de pioche de Flamanville 3 et encore neuf ans avant le lancement des travaux d’Hinkley Point, en Angleterre.

« Si vous n’alimentez pas les équipes avec des chantiers successifs, elles s’étiolent et s’affaiblissent ».Or on a besoin de recréer une culture industrielle, une culture du collectif, mais pour cela il nous faut des chantiers. »

Manque de bras
Un salarié déplore : « Il y a plus de X-Mines chez EDF que partout ailleurs et le défi intellectuel prime souvent sur le résultat. »

 Valves de contrôle dans le hall des turbines de l'EPR de Flamanville, qui doit entrer en service en 2023.

Le manque de bras alimente aussi les doutes d’EDF face aux ambitions que lui assigne l’Etat. « On n’a pas assez de monde pour nos métiers de tuyauteurs, soudeurs, chaudronniers, la tension est là depuis au moins 2010 car l’industrie n’attire plus », et ne compte plus que 12 % d’emplois industriels, c’était plus du double dans les années 1980 »,. Mis brutalement en lumière par la corrosion des réacteurs qui a contraint le groupe à mettre à l’arrêt une partie du parc cette année, le phénomène, ancien, a fini par le submerger.

Un saut quantique pour la filière
Or, pour l’industrie française, le défi lancé est immense. Chez Framatome, dans l’usine de Saint-Marcel et les forges du Creusot, on parle d’un saut quantique si la feuille de route d’EDF – qui, outre les six EPR français, comprend aussi des réacteurs en Inde et au Royaume-Uni – se concrétise. Il faudra multiplier par cinq les capacités de production et aussi faire appel au renfort des usines de Mitsubishi au Japon. Quant à aller jusqu’à construire quatorze nouveaux EPR en France, la CFDT n’y croit tout simplement pas. « Aller au-delà de dix nouveaux réacteurs sera extrêmement compliqué »,

D’ici à 2029, il faudra aussi trouver 7.500 ouvriers pour monter les forteresses de béton à Penly, sur le premier site français qui devrait voir les nouveaux réacteurs sortir de terre . Un énorme défi pour les Vinci, Bouygues et autres Eiffage qui repose en grande partie sur la main-d’oeuvre étrangère. « A Flamanville, le guide de sécurité était imprimé en roumain et en portugais, mais plus en français car personne ne le demandait », se souvient un ancien du chantier.

Dans les années 2000, on avait l’électricité la moins chère d’Europe, on a tout saccagé

Et il ne s’agit pas de recruter des ouvriers lambda. « On demande aux soudeurs des connaissances dignes d’ingénieurs métallurgistes », . Gouvernées par un principe de mise à niveau permanent des réacteurs aux meilleurs standards de sûreté, les exigences des régulateurs n’ont plus rien à voir avec celles des années 1970 Or, la main de l’homme, elle, reste faillible.

Le poids de la « comitologie »

On ne comprend rien aux tourments actuels des salariés d’EDF si on oublie qu’ils comptent dans leurs rangs beaucoup d’ingénieurs. Lucides et rationnels, ils craignent aujourd’hui de voir l’histoire se répéter. « Si on veut construire de nouveaux réacteurs, il faut retrouver une agilité, EDF s’est ankylosé dans une véritable comitologie, pour une personne qui travaille il y en a quatre qui surveillent », La faute à l’Autorité de sûreté ? Pas seulement. « On a confondu niveau d’exigence et réponse complexe, perdant de vue le pragmatisme », les équipes doivent fournir 500 signatures pour faire une soudure, 25 documents pour dérouler un câble, etc.

le chantier d’Hinkley Point, en Angleterre, où EDF construit deux EPR, le 22 janvier 2022.

 Pour beaucoup chez EDF, cette situation est directement imputable à l'Etat actionnaire. Les hésitations interminables de François Hollande 
 sur le pourcentage du nucléaire dans le mix énergétique, puis d'Emmanuel Macron à lancer de nouveaux chantiers, la politique de 
 dividendes qui a vidé les caisses du groupe, le coup de massue de la feuille de route énergétique qui prévoyait la fermeture de quatorze 
 réacteurs à 2025, puis à 2035, et le crime le plus douloureux aux yeux des salariés, la fermeture de Fessenheim …

Très fiers du trésor dont ils sont dépositaires – le parc nucléaire qui pendant quarante ans a fourni de l’électricité abondante et pas chère aux Français – les salariés d’EDF se sentent trahis par la tutelle. « Dans les années 2000, on avait l’électricité la moins chère d’Europe, on a tout saccagé ».

Sentiment d’injustice
Dans ce contexte, rien de surprenant à voir la CGT faire cause commune avec les actionnaires minoritaires d’EDF, « Chez EDF, on défend son outil de travail avant toute chose », rappelle un connaisseur de l’entreprise.

Le patron d’EDF le vrai ministre de l’Energie. Depuis,;TotalEnergies, Engie et d’autres ont investi le marché. Ils ne cessent de gagner du terrain dans la vente d’électricité et dans les énergies renouvelables, où la croissance d’EDF est bridée par ses faibles marges de manœuvre financières. Ls groupe fournit à ses concurrents – la loi l’y oblige – ses électrons nucléaires à prix cassé.

« La culture du non-dit »

 La naissance de l'EPR marque aussi pour EDF le début d'un douloureux déclassement industriel.. Jusqu'ici maître de sa technologie, issue 
 d'une licence achetée à l'américain Westinghouse francisée au fil des années, le français a dû basculer, suite à l'accord franco-allemand de 
 1989 entre Helmut Kohl et François Mitterrand, sur la technologie EPR. Un modèle qui s'est révélé incroyablement complexe à construire et 
 à l'origine de multiples déboires.
On n'ose pas dire la vérité chez EDF, c'est la culture du non-dit. Sur Hinkley Point, Jean-Bernard Lévy a attendu le dernier moment avant de repousser le planning alors que plus personne n'y croyait. » Au sein des cabinets ministériels, on reconnaît s'être habitué à ces petits arrangements avec la réalité des faits. « Les dirigeants d'EDF mentent sans cesse aux ministres », relate un ancien conseiller de Matignon.

« Une tolérance à la non-performance »

 Le paradoxe est que l'Etat est le pire ennemi d'EDF en même temps que sa planche de salut. A chaque coup dur, c'est l'Etat vient renflouer 
 inlassablement le groupe. Une situation qui nourrit un sentiment d'immortalité très délétère. « Quand Carlos Tavares reprend PSA, ils sont 
 au bord du gouffre, ils savent qu'ils doivent changer sinon ils meurent. Chez EDF, ce sentiment de lutte pour la survie, on ne le voit pas. On 
 se sent éternel », « Dans la vraie industrie, quand vous êtes en échec, vous êtes remplacé. Chez EDF, il y a une tolérance générale à la non- 
 performance, l'important c'est que quelqu'un soit plus en retard que vous », confesse un ancien du chantier de Flamanville. Une boîte 
normale aurait fait faillite, EDF va être nationalisé.

Le site de Penly, qui compte deux réacteurs à eau pressurisée, doit accueillir les deux premiers des six nouveaux EPR2 annoncés par Emmanuel Macron en février dernier.

Au sein des pouvoirs publics, on rappelle que « rien n’a été ralenti mais qu’EDF a choisi de construire des réacteurs très différents de ceux d’Hinkley Point ou de Flamanville et que ses plans ne sont pas prêts ».

Les Français favorables au nucléaire

Aussi, derrière l’élan d’enthousiasme suscité par les mots d’Emmanuel Macron à Belfort, on sent la méfiance des industriels. « Avant Fukushima, Areva prévoyait de construire une trentaine de réacteurs type EPR. Ponticelli a investi dans un atelier de préfabrication de tuyauteries capable d’alimenter deux chantiers EPR en parallèle.. C’était 15 millions d’euros d’investissement, un gros pari pour nous. Il n’a jamais tourné au nominal de ses capacités. Aujourd’hui, j’attends les contrats », explique Philippe Delobelle.

Depuis Fukushima, la filière en a pris plein la figure, on a entendu beaucoup de contrevérités. Enfin on redevient fréquentable, enfin on reconnaît que le nucléaire est une vraie solution contre le réchauffement climatique!

un sous-traitant
Pourtant, paradoxalement, jamais le climat n’a semblé aussi favorable pour le nucléaire français. Pendant la campagne présidentielle, toute la droite et même certains candidats à gauche ont vanté les mérites de l’atome pour la planète. Depuis, la guerre en Ukraine a donné de nouveaux arguments aux partisans de cette énergie souveraine. En mettant brutalement à l’arrêt une dizaine de réacteurs, frappés par de la corrosion, EDF a rappelé à la France entière combien ils étaient indispensables pour le présent comme pour le futur. Jusqu’ici considéré comme bien trop cher, le nouveau nucléaire d’EDF a profité aussi, avec la crise de l’énergie, d’un choc de compétitivité inespéré, faisant relativiser d’un seul coup les 110 à 120 euros le MWh attendus à Flamanville. Les Français suivent le mouvement : selon un sondage OpinionWay-Square pour « Les Echos » et Radio Classique publié en juillet 2022, 65 % d’entre eux approuvent la construction de nouveaux réacteurs.

Un pari incontournable
C’est un soulagement et aussi un satisfecit intellectuel pour les salariés d’EDF, qui louent aujourd’hui le retour du bon sens. « Depuis Fukushima, la filière en a pris plein la figure, on a entendu beaucoup de contrevérités. Enfin on redevient fréquentable, enfin on reconnaît que le nucléaire est une vraie solution contre le réchauffement climatique ! » s’enthousiasme un sous-traitant. « J’ai une culture scientifique qui m’a appris que les faits finissent toujours par avoir raison », se félicite Xavier Ursat, le directeur exécutif en charge du nouveau nucléaire chez EDF.

Ce retournement est aussi essentiel pour donner envie et espérer recruter les forces vives indispensables au succès de ce chantier du siècle. « J’aimerais que l’on puisse dire que Penly c’est le plus beau chantier du monde, là où il y a les plus belles grues, les plus belles technologies, qu’on est fier d’y travailler pour l’avenir de la planète », se projette Alain Tranzer, le spécialiste de la qualité industrielle qu’EDF est allé débaucher chez PSA pour se mettre à niveau.

Les pouvoirs publics le reconnaissent, le renouvellement du parc nucléaire est un pari, mais un pari incontournable. « Outre la France, le microcosme des pays capables de construire de telles cathédrales industrielles se limite essentiellement à la Chine et à la Russie. Deux pays dont la France ne peut plus se permettre de dépendre. EDF a fait son mea culpa. A Penly, contrairement à Flamanville, la direction du projet sera sur place et ce pendant toute la durée du chantier. « C’est comme cela que ça a été fait en Chine et ça marche très bien : les décisions sont prises au plus proche du terrain »,

L’attente du « bon pilote »
L’imagination des ingénieurs d’EDF a aussi été canalisée « On est passé de 13.309 robinets à 1.200, de 2.100 pompes à 100, on veut réduire aussi la diversité des portes. Enfin, EDF tente de poser les bases d’une nouvelle relation avec ses fournisseurs, un prérequis essentiel pour espérer en finir avec les malfaçons et les retards endémiques.

« C’est la fin des contrats au forfait.« Je n’ai jamais vu autant d’esprits brillants au mètre carré », affirme un cadre. Mais nombreux sont ceux qui avouent être désorientés : « Ce n’est pas parce que la voiture est puissante qu’elle est rapide. Il nous faut un bon pilote ». Le passage de relais entre Jean-Bernard Lévy et Luc Rémont nourrit tous les espoirs. « Tout le monde l’attend. »

L’EPR2, un réacteur « plus facile » à construire

Si EDF a tellement de mal à livrer ses réacteurs de technologie EPR en construction dans le monde, n’est-ce pas la faute de cette technologie franco-allemande réputée d’une complexité incroyable ?ses nouveaux réacteurs qui doivent voir le jour en France se veulent nettement simplifiés. La chaudière nucléaire et la gigantesque machine tournante qui produisent l’électricité seront inchangés par rapport aux réacteurs normand ou britannique mais l’EPR2 disposera de systèmes de refroidissement moins nombreux… L’unique EPR français à Flamanville a bien ses quatre circuits mais l’Autorité de sûreté n’autorise pas les travaux en marche…

Penly ouvre le bal du « nouveau nucléaire »

Le « renouveau » du nucléaire français commencera à Penly, dans ce village normand de 500 habitants, situé en bord de mer, à 17 km de Dieppe.
A partir de 2035, deux réacteurs doivent venir s’ajouter à ceux qu’EDF exploite déjà sur place depuis 1992. De quoi faire de ce site la centrale la plus puissante de France. . En souvenir de ces multiples revirements, il reste sur place une gigantesque dalle de béton, coulée pour ces réacteurs qui n’ont jamais vu le jour. Mais elle devra être détruite pour accueillir l’EPR2, car on parle désormais d’une technologie différente…

Zone de commentaire !

3 commentaires pour : "EDF, un géant écrasé par le doute"

  1. La Faillite d’EDF a été organisée par les dirigeants français et cela depuis bien longtemps en lui demandant d’arrêter le nucléaire et surtout en l’obligeant à racheter de l’électricité aux producteurs d »Eolien beaucoup plus cher que son propre prix de production et aussi beaucoup plus cher que EDF allait le revendre aux clients finaux, cela s’appelle de la vente à perte normalement cela conduit dans le mur

  2. A propos de mur, ce sont plutôt les incapables qui ont trahit le pays et amenés EDF au bord de la faillite, qui devraient être mis devant un mur…pour recevoir la sanctions qu’ils méritent.

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