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Par : piwi
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mardi 06 Fév, 2024
Catégorie : AAESFF

Désindustrialisation : l’enseignement supérieur au secours de l’emploi

La part de diplômés d’études supérieures est devenue un facteur essentiel de la croissance de l’emploi lors de la phase de désindustrialisation de nombreuses villes à travers le monde, souligne Pierre Cahuc.

« Dans la phase de désindustrialisation, la part de diplômés d'études supérieures est devenue un facteur essentiel de la croissance de l'emploi. »
« Dans la phase de désindustrialisation, la part de diplômés d’études supérieures est devenue un facteur essentiel de la croissance de l’emploi. » (Franck Crusiaux/REA)

Par Pierre Cahuc (professeur d’économie à Science Po)

Déclin du secteur manufacturier

Au cours des dernières décennies, le déclin du secteur manufacturier a touché tous les pays industrialisés. Comme la production manufacturière est spatialement concentrée, les régions les plus industrialisées au début du déclin, dans les années 1970-1980, comme la Lorraine, les Hauts-de-France ou l’Alsace ont particulièrement souffert. Elles en subissent encore des séquelles.

La Rust Belt aux Etats-Unis, le nord de l’Angleterre et la vallée de la Ruhr en Allemagne, déclinent depuis des décennies. D’anciens centres industriels comme Detroit aux Etats-Unis, Liverpool au Royaume-Uni et Duisbourg en Allemagne sont devenus le symbole de la désindustrialisation. Ce n’est pas faute d’avoir déversé des sommes colossales pour soutenir ces régions.

Mécanisme de désindustrialisation

Certes, l’emploi baisse plus en moyenne dans les villes les plus industrialisées dans les années 1970-1980, et ce, malgré les efforts des pouvoirs publics. Mais l’emploi y a crû à un rythme supérieur à celui de leur pays dans un tiers d’entre elles depuis le début de la désindustrialisation.

Pourtant, les villes les plus créatrices d’emploi n’en créaient pas plus que les autres pendant l’âge d’or de l’industrie. Leur meilleure performance durant la désindustrialisation provient de leur plus forte proportion de diplômés de l’enseignement supérieur. Un supplément de 1 % de travailleurs diplômés du supérieur au début de la désindustrialisation se traduit ensuite par un supplément de croissance de l’emploi de près de 3 % par décennie.

Nature de l’emploi

Cette divergence provient d’un changement dans la nature de l’emploi. Pendant la période d’expansion de l’emploi manufacturier, la part de diplômés d’études supérieures n’était pas un moteur important de la croissance de l’emploi, car les usines de l’époque n’utilisaient pas intensivement une main-d’oeuvre très qualifiée.

En revanche, dans la phase de désindustrialisation, la part de diplômés d’études supérieures est devenue un facteur essentiel de la croissance de l’emploi. Dans les villes avec une forte proportion initiale de diplômés du supérieur, la perte d’emplois manufacturiers a été plus que compensée par des gains dans d’autres secteurs, parce que les compétences des diplômés du supérieur sont devenues particulièrement attrayantes pour les employeurs de tous les secteurs.

En fin de compte, aujourd’hui, il semble que le meilleur moyen de créer des emplois bien rémunérés, pas nécessairement dans l’industrie, est de développer l’enseignement supérieur. Un résultat à méditer.

Pierre Cahucest professeur d’économie à Sciences Po.

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