Par Sophie Ughetto
Journaliste à Châlons-en-Champagne
La commune de Châlons vivait un grand moment ce vendredi 2 octobre 2026. L’école supérieure de forge et de fonderie, avec 90 étudiants, inaugurait ses nouveaux locaux partagés avec les Arts et métiers rue Saint-Dominique. Un déménagement en grande pompe, qui n’est pas passé inaperçu, avec des machines de pointe.
Lors de la visite, plusieurs groupes étaient organisés pour visiter les lieux et ateliers
Lucas, la vingtaine, sur son 31, fait faire le tour du propriétaire. Cet étudiant originaire de Nice, fraîchement débarqué à Châlons-en-Champagne, escortait les personnes du groupe 4, vendredi 2 octobre 2026 à Châlons.
Objectif, que la visite de l’École supérieure de forge et de fonderie (ESFF), une « pépite quasiment unique au monde », selon son directeur Pierre-Yves Brazier, se déroule au mieux. Un parcours cadré avec minutie, pour les visiteurs, avec des haltes aux points stratégiques, et un respect des mesures de sécurité et du travail des étudiants. Cette minutie, justement, il fallait aussi en faire preuve cet été, lorsque les machines en provenance du Cetim (Centre technique des industries mécaniques) de Sèvres, en région parisienne, sont arrivées pour le déménagement. C’est notamment Frédéric Hoffmann, rattaché au Cetim de Senlis, qui a œuvré à cette installation en bonne et due forme.
Des locaux partagés avec l’école des Arts et métiers, un partenaire historique
Si les locaux ne sont pas neufs et abritaient déjà la fonderie des Arts et métiers, un partenaire historique, que les jeunes de l’École de forge et de fonderie connaissent bien et utilisaient déjà, ils ont été rénovés. De la place a été faite pour ces nouveaux occupants, en provenance de région parisienne. Un malaxeur BMF (pour préparer le sable pour les moules), une coquilleuse Sofima (pour réaliser du moulage) et une petite noyauteuse (pour réaliser les essais de sable) faisaient partie du convoi. « Elles ont été révisées, modernisées et optimisées pour l’occasion », relate l’ingénieur, qui ne compte pas parmi les professeurs mais conduit les projets de recherche.
L’ingénieur Frédéric HOFFMANN (CETIM) a piloté l’arrivée des machines en provenance de Sèvres (Sophie Ughetto)
Si cette visite était bien coordonnée et cadrée avec un ordre du jour et de passage, c’est parce qu’elle a rassemblé du monde. « Il y avait pas mal d’entreprises du secteur », confirme le directeur. Figuraient parmi les invités la Région Grand Est et son président Franck Leroy. Cette dernière contribue à hauteur de 150 000 euros à l’installation de l’école, un montant déployé également par l’Agglo de Châlons en juin dernier pour aider aux travaux dont le montant total avoisine les 680 000 euros. De son côté le Département de la Marne aide l’ESFF pour son démarrage et son implantation, à hauteur de 50 000 euros. Le Département applique ainsi la même ligne de conduite que pour les autres établissements, Sciences Po ou Centrale Supélec par exemple, un soutien à l’implantation, pas plus. Il est question « d’investissement, pas de fonctionnement ».
Des étudiants fraîchement Châlonnais et très mobiles
30 étudiants ont fait leur rentrée le 31 août 2026 et ont commencé par des travaux pratiques sur les machines puis de la théorie. Ils ne seront pas sur site toute l’année. À l’instar de Titouan Camguilhem, originaire du Sud-Ouest, ils seront en alternance une partie du cursus.
Ce dernier effectue son stage chez Nexteam, à Arudy, dans les Pyrénées-Atlantiques. Mais avant de s’y rendre, il faut traverser la France d’est en ouest, une diagonale qu’il a choisie de parcourir en empruntant le train de nuit Pau-Paris. Financièrement, cela a un coût, de même que le fait de se loger dans deux destinations différentes. Titouan Camguilhem est heureux de vivre à Châlons. « Au niveau du loyer, cela est plus accessible pour moi ».
Au sein de l’ESFF, le parcours dure trois ans. Chaque niveau intègre 30 étudiants soit 90 en tout.
Un ministre retenu à Paris
De son côté, en raison de la situation dans les lycées français, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin a été retenu à Paris, tous les déplacements des ministres étant annulés au moins jusqu’au lundi 5 octobre. Sébastien Martin a donc fait parvenir une vidéo pour marquer le coup. Il était prévu que ce représentant fasse le déplacement au sein de cet établissement que tous qualifient de « pépite », à l’instar du président de l’Agglo Jacques Jesson : « Nous sommes fiers, avec Benoist Apparu, le maire de Châlons, et Martine Lizola, vice-présidente à l’enseignement supérieur et à la vie étudiante, d’accueillir cette école dans notre îlot des savoirs (le pôle étudiant du centre ville). Je suis admiratif que nous nous soyons rencontrés pour la première fois il y a deux ans seulement à la Foire et que vous soyez là aujourd’hui, c’est un tour de force que vous avez réussi. »
Les cadres qui sortiront de cette école seront ingénieurs, habilités à travailler dans les domaines de la défense, du train, du satellite, des prothèses médicales… comme le rappelait Franck Leroy. L’industrie, c’est 7 000 salariés en région Grand Est, a rappelé le président. Et de poursuivre : « II n’y a pas de déplacement, pas d’énergie pas de médecine qui ne puisse se faire sans la forge et la fonderie. »
La nécessité de créer un bachelor, une demande émanant des entreprises
Enfin, « il nous est demandé, de la part des industriels, de créer un bachelor d’où puissent sortir des élèves techniciens », explique Pierre-Yves Brazier. Les techniciens étant moins onéreux à rémunérer que les ingénieurs, notamment du point de vue des plus petites entreprises. À terme, lorsque ce bachelor aura vu le jour, 180 étudiants sortiront de l’ESFF, soit le double d’aujourd’hui.




