Il faisait très froid au cimetière d’Elincourt Sainte Marguerite.
Nous étions très nombreux.
La sonorisation n’a pas permis à tous d’entendre ces témoignages éloquents rendus à Lionel.
PIWI qui a perdu son véritable copain depuis ces lointaines années, vous propose le témoignage d’Antoine le fils de Lionel & Toinon
Credit photo : Yannick Tremenec avec cette illustration de notre ami à la manœuvre pour déboucher le cubilot
La famille de Lionel Caux vous remercie d’être réunis aujourd’hui à Élincourt-Sainte-Marguerite.
Élincourt, c’est le village de Toinon, son épouse.
Lionel, né à Chambly – son grand-père était cheminot – , a grandi pas très loin, à Gournay-sur-Aronde où son père, Marcel, officiait en tant qu’instituteur.
Gournay, le temps des copains, de l’amour et de l’aventure avec ses amis de toujours : Pierre, Christian, Alain, Françoise…
Gournay où Odette, sa mère, lui conseilla un jour d’aller voir la nouvelle postière.
il s’agissait d’une jeune Élincourtoise : Marie-Antoinette Werkin.
Lionel, le sage, Lionel le technicien qui avait opté pour la fonderie, Lionel le cartésien, Lionel parti en pension dès la 6e, rencontrait Toinon en 1967 et mettait un pied à la ferme familiale d’Élincourt.
Il en parlera toujours comme d’une époque dorée.
Lui, le passionné de mécanique, se retrouvait à conduire des tracteurs, à moissonner, à adorer cette vie effervescente de la ferme.
En 1971, il épousait Marie-Antoinette. Ici, à Élincourt : sa sépulture regarde vers cette mairie où ils se sont dit oui.
De la régie Renault à Billancourt, juste avant l’armée, aux fonderies Joassart de Wassigny, tout près du Cateau-Cambrésis, Lionel deviendra enseignant… de fonderie. Au lycée de Creil où il avait fait lui-même ses études. Un lycée qui deviendra le lycée Marie-Curie de Nogent-sur-Oise et où il fera toute sa carrière.
Entre temps, Lionel et Toinon avaient donné naissance à Adeline en 1975. Acheté cette maison à Sacy-le-Grand en 1978. C’est Adeline et Lionel qui insisteront pour agrandir la famille. Ce fut l’arrivée d’Antoine en 1981.
La suite, c’est une traversée heureuse des années 80 et 90.
La suite, c’est quand, après les rencontres de Yan et Rachel, ses gendre et belle fille qu’il aimait tant, « Papa » est devenu « Papé » avec les naissances de Lucas, Paul, Gabriel et Victor, ses quatre petits fils qui faisaient sa fierté.
Il fait froid depuis le 1er janvier. Même le ciel paraît triste. Tout s’est figé. Dehors. Comme dans nos coeurs.
C’est donc le jour où pleuvaient les messages de bonne année, de bonne santé, que Papa, mon père, Lionel, Papé, s’en est allé.
Ce vide, il est à la fois oppressant et irréel.
C’est allé tellement vite.
Depuis les premiers jours du printemps qu’on abordait gorgés de projets – et que l’on a appris le retour de la maladie- jusqu’aux frimas de ce début d’hiver.
Oui tout est allé vite. La vie va trop vite de toute façon.
Toi qui étais toujours en mouvement. Toujours en action. Toujours à bricoler.
Toi qui ne parlait que de train, de bateaux, de voitures, de mécanique, de caravanes, de jardins, de routes, de chemins, tu étais devenu statique. Et plus encore que la douleur du corps, immense, c’est bien ça, l’immobilité, qui te faisait souffrir. La souffrance physique, sur elle, tu ne t’es jamais étalé. Jamais plaint. Tu étais comme ça. Tu ne faisais pas de bruit. Tu étais le gars sûr. Le gars sur qui on compte. Le gars rassurant.
Adeline, maman, Yan, Rachel, Lucas, Paul, Gabriel, Victor, nous sommes certains que tu as tenu jusqu’à Noël pour nous avoir, tous réunis. Devant toi, près de toi. À ton image, en toute discrétion. Qu’est-ce qu’on se dit quand on sait que c’est la dernière fois qu’on voit les gens qu’on aime ?
Et puis maman, Toinon, Nenette comme tu disais, a dû se résoudre à appeler à l’aide.
Ces jours qu’on savait les derniers, on a pu les passer ensemble. À l’Hôpital de Clermont. On t’a tenu la main. On t’a tenu le front. Et il était large. La veille, tu as encore fait une blague. Alors que l’infirmière te mettait un Perrier menthe sur les lèvres et que tu as dit : Vous n’auriez pas une bière ?
Oui, dans ton malheur, dans notre malheur, nous avons eu la chance de croiser un personnel soignant exceptionnel. Qui nous rend tous humbles, nous qui ne le sommes pas.
Merci à Maxime, l’infirmier, très présent, toujours là pour ses soins.
à Camille, l’infirmière, à sa réactivité et son humanité dans les heures de chaos.
Merci au Samu et au personnel des urgences de Clermont.
Un merci particulier à Stéphanie et Laurine et à travers elles tout le personnel du service.
Tous ces gens, ces visages, leurs sourires et leurs mots, qui nous ont permis de traverser ces jours si difficiles, « d’arriver au bout du chemin », comme dit maman, avec douceur et apaisement.
Et ce qui apaisait papa, c’était la poésie de maman. Celle de ses haïkous, ces petits poèmes japonais, furtifs comme pour mieux saisir le temps qui passe et les moments qui émerveillent, pour capter les fragrances d’une vie.
J’ai beau être immensément malheureux.
Je me console en m’estimant chanceux.
Chanceux, de toutes les petites graines que tu as mises sur mon chemin, papa.
Alors, oui, tu es discret, je suis volubile.
Tu sais parfaitement le fonctionnement d’un embrayage, je n’ai aucune idée d’à quoi sert un arbre à cames.
Mais la transmission, c’est autre chose. Pas forcément un savoir-faire. Peut-être un savoir-être. Un regard. Une curiosité. Des valeurs. En l’occurrence humanistes. Toi le rassembleur, intransigeant envers les injustices et ceux qui attisent la haine de l’autre.
C’est une sacrée boussole, surtout en ce moment.
Si on aime aller camper,
mon papa mon papa.
Prendre la voiture et rouler,
d’Saint-Yireix à l’Alhambra
Monter à bord des ferrys,
Et regarder la mer
Bichonner la Méhari
S’lever avec France Inter.
Si on aime les vieilles voitures
Mon papa, mon papa,
Les avoir en miniature
F1, Le Mans, Break Nevada
Si on aime lire la presse
Du Caravanier à Télérama
À repenser aux kermesses,
À Georges Pernoud et Thalassa.
Si j’ai tes intonations
Et que je râle facilement,
Putain, merde, fais chier… tes jurons
Quand j’étais enfant.
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