Le motoriste Rolls-Royce, nouvelle coqueluche de la City
Le fabricant de moteurs d’avion Rolls-Royce a vu son cours de Bourse s’envoler, après la publication de résultats record. Il a deux ans d’avance sur son plan de redressement lancé en 2023 par Tufan Erginbilgic, le patron très en vue à Londres.
Par Bruno Trévidic
Mission déjà accomplie pour « Turbo » Tufan Erginbilgic. Deux ans après son arrivée aux commandes, le patron turc de Rolls-Royce est non seulement parvenu à redresser le fabricant de moteurs d’avions, qu’il décrivait lui-même comme une « plateforme en flammes » en 2023, mais il a même réussi à faire de Rolls-Royce la nouvelle coqueluche de la Bourse de Londres.
La publication des résultats 2024, ce jeudi matin, a été saluée par un bond de 17,5 % du cours de l’action Rolls-Royce, dont la valeur avait déjà plus que doublé en 2024. Une véritable ovation pour des résultats meilleurs qu’attendus – jamais vus dans l’histoire de l’entreprise – et des perspectives bleu azur pour les trois années à venir, propres à convaincre les investisseurs du retour en force du motoriste.
Deux ans d’avance sur le plan de redressement
Selon Tufan Erginbilgic, Rolls-Royce devrait ainsi atteindre, dès l’an prochain, avec deux ans d’avance sur le calendrier initial, les objectifs financiers prévus pour 2027. Soit un résultat d’exploitation et une génération de trésorerie de 2,7 à 2,9 milliards de livres (3,2 à 3,5 milliards d’euros), contre 2,9 milliards en 2024. Le nouvel objectif étant d’atteindre 3,6 à 3,9 milliards de livres en 2028, avec une marge opérationnelle de 15 à 17 %, contre 13,8 % en 2024.
Le chemin parcouru est déjà spectaculaire. Le groupe Rolls-Royce, dont les pertes égalaient presque son chiffre d’affaires avant l’arrivée de Tufan Erginbilgic, a augmenté son bénéfice net de 78 % en 2024, à 2 milliards de livres (2,4 milliards d’euros), pour un chiffre d’affaires en hausse de 17 %, à 17,8 milliards de livres (21,5 milliards d’euros). Un résultat lié aux mesures d’économies réalisées au cours des deux dernières années (500 millions de livres en 2024), mais aussi au retour en forme des trois divisions du groupe.
Les problèmes du Trent 1000 semblent oubliés
Comme ses concurrents, Rolls-Royce a bénéficié du rebond du transport aérien. Le motoriste britannique, qui fabrique notamment les moteurs des Airbus A350 et A330, ainsi que ceux d’une partie des 787, mais aussi des moteurs d’avions d’affaires, a vu le chiffre d’affaires de sa branche aéronautique civile grimper de 24 %, à 9 milliards de livres, avec une marge opérationnelle de 16,6 %. Et ce, en dépit de problèmes techniques persistants sur les moteurs Trent 1000 des Boeing 787 et d’une sérieuse alerte, en début d’année, sur ceux des Airbus A350 de Cathay Pacific.
Ces problèmes de fiabilité, qui ont coûté une fortune à Rolls-Royce aux cours des dernières années, n’ont cette fois pas réussi à faire dérailler sa croissance, ni même son cours de Bourse. Comme si la crise de confiance était définitivement passée.
Des « coups de pouce » pour la défense
Mais Rolls-Royce a aussi bénéficié de quelques « coups de pouce », comme l’augmentation des dépenses militaires du Royaume-Uni, illustrée notamment par un gros contrat pour les réacteurs nucléaires des sous-marins de la force de dissuasion britannique. le chiffre d’affaires de sa branche défense progresse ainsi de 13 % à 4,5 milliards de livres, avec une marge de 14,2 %.
Rolls-Royce a aussi profité de vents favorables pour son troisième métier, les gros générateurs électriques, dont les ventes ont été dopées par des commandes gouvernementales et la croissance du marché des centres de données informatiques, lié à l’intelligence artificielle. Cette division « power systems », qui est l’une des particularités de Rolls-Royce, a généré un chiffre d’affaires de 4,2 milliards de livres (+11 %) comparable à celui de la défense, pour une marge de 13,1 %.
Transformer l’essai en revenant sur le moyen-courrier
Reste maintenant à savoir si le patron de Rolls-Royce saura aller au-delà de ce spectaculaire redressement, en réussissant à corriger la plus grosse erreur stratégique commise ses prédécesseurs. A savoir la sortie de Rolls-Royce du marché des moteurs d’avions moyen-courriers. En 2011, le motoriste britannique avait fait le choix de ne pas participer à l’appel d’offres pour la remotorisation de l’Airbus A320, pour se consacrer aux gros moteurs d’avions long-courriers, Boeing 787 et Airbus A350. Ce qui a valu à Rolls-Royce de passer à côté de la poule aux oeufs d’or d’Airbus.
Depuis, le motoriste britannique n’a de cesse d’annoncer son possible retour sur le marché des moyen-courriers, avec un nouveau moteur issu de la technologie « ultrafan », développée pour les gros moteurs. L’occasion pourrait lui en être donnée, avec le lancement attendu, dans le courant de la prochaine décennie, des successeurs de l’Airbus A320 et du Boeing 737. Mais bon nombre de spécialistes restent sceptiques sur la possibilité d’un tel come-back. A moins que Rolls-Royce ne s’appuie sur un partenaire déjà présent sur ce marché. Ce qui supposerait une alliance avec l’américain Pratt & Whitney, seul partenaire potentiellement disponible sur ce segment, mais dont Rolls-Royce avait divorcé en 2013.
Bruno Trévidic