Attaque de la Russie sur l’Otan : la mise en garde du président d’Airbus
Pour le président du conseil d’administration d’Airbus, René Obermann, les indices de préparation d’une attaque russe sur l’Otan se multiplient. Dans un entretien accordé au « Handelsblatt », il estime qu’un conflit pourrait avoir lieu avant 2029.
Par Emmanuel Grasland Publié le 25 mars 2025
L’avertissement fait froid dans le dos. Pour le président du conseil d’administration d’Airbus, René Obermann, on sous-estime la possibilité d’une attaque rapide sur l’Otan. « Je suis convaincu que les pays de l’Otan sont beaucoup plus proches d’un conflit militaire avec la Russie que ne le pensent actuellement de nombreux responsables », a déclaré René Obermann, dans un entretien avec le journal allemand « Handelsblatt ».
Chez les experts de la défense, on estime généralement qu’une attaque russe sur un pays membre de l’Otan pourrait intervenir à partir de 2029. Outre-Rhin, le ministre de la Défense, Boris Pistorius, avait déclaré en janvier 2024 que l’Allemagne devait être « apte à la guerre » d’ici cinq à huit ans. Mais le président d’Airbus voit les choses différemment. « Cela pourrait être nettement plus rapide », estime René Obermann.
« La solidarité de Trump avec l’Europe vacille »
Cet avertissement peut bien sûr susciter des réserves, alors qu’Airbus est le deuxième groupe européen d’armement et a un intérêt évident à accentuer la menace. Mais pour l’ancien patron de Deutsche Telekom, de nombreux éléments justifient ce sombre pronostic. D’abord, la situation de l’Ukraine « devient de plus en plus précaire », la Russie continue de gagner du terrain et une grande manoeuvre russe est prévue cette année en Biélorussie. « Cela rappelle l’approche adoptée avant l’invasion de l’Ukraine », juge-t-il.
Vladimir Poutine a ensuite converti son pays à l’économie de guerre. Il s’arme massivement et dispose de « 1,5 million de soldats en état de passer à l’action ». En outre, « l’armée russe a densifié les structures de commandement sur notre flanc est. Moscou prévoit de déployer des armes nucléaires tactiques et des missiles balistiques en Biélorussie, comme elle l’a fait à Kaliningrad », souligne le président du groupe aéronautique.
Pour René Obermann, il faut se mettre à la place de Vladimir Poutine. « Du point de vue du Kremlin, il ne me semble pas logique d’attendre que l’Europe se soit dotée d’une force de dissuasion. » « Poutine voit l’Otan s’affaiblir dans la durée, car la solidarité de Trump avec l’Europe vacille », souligne-t-il.
« C’est donc un encouragement à relier par voie terrestre l’enclave russe de Kaliningrad, importante sur le plan de la stratégie militaire, via le corridor de Suwalki, large de 65 kilomètres. »
« Le risque d’une confrontation militaire va augmenter »
Fin novembre, le patron des services secrets allemands, Bruno Kahl, expliquait que des officiels de haut rang du ministère russe de la Défense doutaient désormais du respect par les Etats-Unis de l’obligation d’assistance prévue à l’article 5 du traité de l’Otan en cas de crise. « Pour l’instant, il n’y a pas encore d’indications sur des intentions de guerre concrètes de la Russie. Mais si de telles opinions prennent le dessus à Moscou, le risque d’une confrontation militaire va augmenter », expliquait Bruno Kahl.
Bien sûr, les Européens au sens large dépensent plus de 400 milliards d’euros par an pour leur défense, soit bien plus que la Russie (130 milliards). Mais « nous devons tenir compte de la parité du pouvoir d’achat. Les Russes font fabriquer des produits beaucoup moins chers, notamment parce qu’ils n’achètent pas autant de systèmes différents que l’Europe. De ce fait, c’est à peu près comparable à ce que l’Europe veut dépenser à partir de maintenant », explique René Obermann au « Handelsblatt ».
Des missiles à la porte de la Pologne
Dans ce contexte, l’Allemagne doit faire évoluer sa pensée en matière de protection nucléaire. « Nous avons besoin, en complément de la participation nucléaire aux systèmes contrôlés par les Etats-Unis, d’une dissuasion dirigée par l’Europe, et élargie à des éléments tactiques », juge René Obermann.
Car l’Europe présente dans ce domaine « un déficit de capacité » qui la rend vulnérable au chantage. « La Russie a déployé des centaines d’ogives et de missiles balistiques à moyenne portée à la porte de la Pologne, à Kaliningrad. Ceux-ci peuvent également atteindre l’Allemagne en quelques minutes et sont difficiles à intercepter. »
Début mars, René Obermann avait cosigné avec plusieurs personnalités allemandes, dont l’ancien patron d’Airbus, Tom Enders, un livre blanc appelant à la mise en place d’un « mur de drones » sur le flanc est de l’Europe, au développement en Europe de technologies comme l’IA et à une augmentation du budget allemand de la défense à 3,5 % du PIB.
Emmanuel Grasland (Bureau de Berlin)