Aluminium Dunkerque vendu à un fonds souverain du Golfe, la plus grande fonderie d’Europe change de mains
300 000 tonnes d’aluminium par an. 750 salariés. 360 millions d’euros de subvention française annoncée il y a trois semaines. Et un contrat EDF à dix ans signé en mai 2025. Lundi 2 mars 2026, le fonds américain AIP est entré en négociations exclusives avec Alba pour céder la plus grande fonderie primaire de l’Union européenne. L’État français vient d’injecter une aide publique considérable dans un actif industriel qu’il ne contrôle pas. Il est maintenant sur le point de le voir transférer à un acteur dont les actionnaires majoritaires sont deux États du Golfe.
Loon-Plage, 35 ans de déclassement
L’histoire d’Aluminium Dunkerque est celle d’un fleuron devenu actif de fonds. Créé en 1991 dans le sillage de Pechiney, il est passé successivement par Rio Tinto, Liberty House, puis AIP en 2021 après une défaillance de dette. Sous le fonds américain, le site s’est redressé. Chiffre d’affaires de 774 millions d’euros et bénéfice net de 185,6 millions en 2024. L’usine va bien. C’est précisément pourquoi AIP vend. Les fonds optimisent les sorties.
La question que personne ne pose sur l’acheteur
Alba est le plus grand fondeur mondial hors Chine, avec 1,6 million de tonnes par an et un bénéfice net de 582 millions de dollars en 2025, en hausse de près de 20% sur un an. Son arrivée est présentée comme une bonne nouvelle industrielle.
Mais regardez la structure de propriété. Bahrain Mumtalakat Holding Company, fonds souverain de l’État bahreïni, détient 69,38% du capital d’Alba. Saudi Arabian Mining Company (Maaden), contrôlée par le Public Investment Fund saoudien, en détient 20,62%. Les 10% restants sont en bourse.
Ce n’est pas un industriel privé qui rachète la première fonderie d’Europe. Ce sont deux fonds souverains du Moyen-Orient. L’acheteur est à 90% public et étranger.
Ce détail mérite qu’on s’y arrête. Khalid Al Rumaihi, président d’Alba et négociateur principal du rachat, est aussi président du fonds Mumtalakat. Et c’est lui qui représentait Bahreïn lors de l’accord de coopération de défense signé avec la France à l’Élysée le 6 février 2026. Trois semaines avant l’annonce du rachat.
Ce que vous venez de lire n’est que la surface. L’analyse complète révèle trois angles morts que personne n’anticipe: la question des prix de transfert et où se concentreront les bénéfices d’un site subventionné avec 360 millions d’euros publics français, le scénario d’une fusion Alba-Maaden relancée qui transformerait Aluminium Dunkerque en actif d’un méga-groupe du Golfe, et pourquoi le contrat EDF à 10 ans est peut-être l’actif le plus stratégique de toute l’opération.
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