La fonderie et Piwi

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Par : piwi
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jeudi 15 Jan, 2026
Catégorie : Actu flash

Per­pé­tuer un savoir-faire mil­lé­naire à Tivernon (45)

Per­pé­tuer un savoir-faire mil­lé­naire

Moussa Ouattara et Aboubacar Traoré font revivre la fonderie de Tivernon.

Après Abel Marta, on connaît un deuxième sculp­teur fon­deur d’art à Tiver­non : Moussa Ouat­tara, qui a repris l’ate­lier en mars der­nier. Son secret ? la tech­nique de la cire per­due, méthode qui se fait de plus en plus rare.

Depuis bien­tôt un an main­te­nant, Moussa Ouat­tara a pris les rênes de la fon­de­rie de Tiver­non, et per­pé­tue un savoir-faire mil­lé­naire. Il a pris la suite de l’illustre fon­deur de la com­mune, Abel Marta, qui y a tra­vaillé le métal pen­dant une qua­ran­taine d’années. Si son entre­prise est res­tée en som­meil quelques temps, du fait de son départ en retraite, le maté­riel, lui, est resté. Il est désor­mais entre de nou­velles – et bonnes – mains. « Il ne s’atten­dait pas à ce que je vienne ici tout seul. Trou­ver un repre­neur, ça lui a beau­coup plu. »

« J’ai com­mencé à gam­ba­der dans l’ate­lier fami­lial à 9 ans »

Moussa Ouat­tara, 45 ans, ne connais­sait Tiver­non ni d’adam, ni d’ève, avant de s’y ins­tal­ler en mars der­nier. Euré­lien de part son domi­cile, il a grandi entre Bouaké en Côte d’ivoire et le Bur­kina Faso. Depuis de nom­breuses géné­ra­tions, sa famille est spé­cia­li­sée dans les tra­vaux manuels, notam­ment celui du for­ge­ron. Elle a long­temps créé des objets de culte et agri­coles. « J’ai com­mencé à gam­ba­der dans l’ate­lier fami­lial à 9 ans pour jouer avec les outils », sou­rit-il. Huit ans plus tard, il a stoppé ses études pour se lan­cer plei­ne­ment dans le métier, avec « quelques copains », une fois les tech­niques de la mai­son plus qu’inté­grées. Dans sa petite bou­tique, il a sculpté dif­fé­rents objets figu­ra­tifs de tailles diverses, ven­dues sur place ou*

auprès de mar­chands d’art rap­por­tant ce savoir-faire sur le Vieux conti­nent.

Une tech­nique ances­trale

À force de nouer des contacts à droite et à gauche, Moussa Ouat­tara a été amené à se dépla­cer en Europe pour faire décou­vrir la tech­nique de la cire per­due à tra­vers des stages. Avec ce pro­ces­sus, on com­mence par mode­ler l’objet en cire, puis, on l’enrobe d’un moule réfrac­taire, ici, du plâtre. Lorsqu’on chauffe l’ensemble dans un four allant jusqu’à 600 °C, la cire fond et s’échappe, lais­sant une cavité vide. Le bronze, en fusion à 1.150 °C, est alors coulé dans cette cavité. À noter qu’avant cette étape, le

moule est enfoui dans du sable pour évi­ter un choc ther­mique au moment de l’incor­po­ra­tion du bronze. Après refroi­dis­se­ment, on casse le moule pour libé­rer l’objet en bronze, qui est ensuite retou­ché et patiné pour lui don­ner la cou­leur sou­hai­tée. Les plus anciennes traces connues de la cire per­due viennent de Méso­po­ta­mie. Ensuite, elle s’est dif­fu­sée en Égypte, en Inde, en Chine, en Grèce et plus tard dans l’empire romain. Elle est uti­li­sée sans inter­rup­tion depuis plus de 5.000 ans. « C’est la même chose depuis très long­temps. Aujourd’hui, seul l’outillage change. En Afrique, il n’y a pas tou­jours de

sili­cone, on peut uti­li­ser du sable ou de l’argile. Avec pas grand-chose, on pou­vait faire des sculp­tures », détaille l’arti­san. Cette tech­nique, très popu­laire à l’époque d’auguste Rodin notam­ment, est peu à peu rem­pla­cée par l’impres­sion 3D. Mais quelques arti­sans résistent à l’enva­his­seur infor­ma­tique.

Une méthode deve­nue rare mal­gré tout

C’est notam­ment pour cela que plu­sieurs artistes, locaux ou non, lui font confiance pour maté­ria­li­ser leurs visions. « Ils viennent par­fois avec des idées bizarres », sou­rit-il. « C’est un chal­lenge de trans­for­mer tout ça, ça me plaît ». C’est le coeur de métier du sculp­teur fon­deur : pas­ser des modèles en bois, en résine ou en plas­tique appor­tés par les clients à de véri­tables pièces de bronze, via la méthode de la cire per­due. Cette der­nière, après l’avoir tra­vaillée en tant que sala­rié à la fon­de­rie Rosini de Bobi­gny, il l’a per­pé­tuée en lançant en duo son propre ate­lier, Art­cul­ture, en 2017 à Dour­dan. « Même en région pari­sienne, des fon­de­ries qui arrivent à sor­tir des grosses pièces, il n’y en a pas beau­coup. »

Quelques années se sont écou­lées, et Moussa Ouat­tara « avait envie de faire quelque chose en solo ». Le monde de la sculp­ture en bronze étant petit, il connais­sait déjà le tra­vail d’Abel Marta. « L’his­to­rique de cette fon­de­rie m’a beau­coup plu. » Tout comme ses 630 m2 et son équi­pe­ment très com­plet. « Il m’a très bien accueilli. »

Le car­net d’adresses du Loi­ré­tain dans la poche, Moussa Ouat­tara a renommé le lieu en Fon­de­rie Bini, hom­mage au sur­nom que lui don­nait son père petit. À par­tir de l’été, il a amené Abou­ba­car Traoré dans ses valises. Les deux ont tra­vaillé ensemble à Dour­dan. Ils ne sont que deux, et le chef d’entre­prise le regrette. Selon lui, le sec­teur manque de main-d’oeuvre à por­tée de main. Il est notam­ment à la recherche d’un cise­leur. « Deux, ce n’est pas assez. On aime­rait bien être à six si on arrive à déve­lop­per le pro­jet. Actuel­le­ment, on s’en sort, mais on ne compte pas nos heures. » Un total qui per­met­trait de comp­ter un tra­vailleur spé­cia­lisé à chaque étape de fabri­ca­tion : mou­lage, enro­bage, cise­lure, patine…

De nom­breux pro­jets dans les car­tons

Depuis mars, la Fon­de­rie Bini tra­vaille tout de même avec une ving­taine d’artistes, sachant qu’il faut six à sept semaines pour sor­tir une petite pièce, et quatre à six mois pour les plus impor­tantes. Cette année, Moussa Ouat­tara sou­haite faire croître ce nombre, mais a aussi d’autres pro­jets en tête : embau­cher, accueillir des sta­giaires, orga­ni­ser des portes ouvertes pour les Jour­nées euro­péennes du patri­moine, mettre en place des expo­si­tions avec des artistes comme du temps d’abel Marta, ou encore faire venir du public d’esat ou d’ehpad pour des visites de décou­verte… 2026 pour­rait aussi être le moment de lan­cer des ate­liers pour faire décou­vrir l’art de la cire per­due au grand public. Ren­dez-vous dans les pro­chains mois…

Le bronze est chauffé à 1.150 °C.
La patine per­met de reti­rer les effets de l’oxy­da­tion.

Avant le bronze, la fon­de­rie tra­vaille sur des modèles.

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